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On perd son âme dans un grand studio...

Écrit par Bernard Dagnies - vendredi, 30 septembre 2005
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Hard-Fi
30-09-2005
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Hard-Fi est un quatuor issu de la banlieue ouest de Londres. De Staines près de Heathrow, très exactement. Un patelin qui n'a rien de bien excitant, puisqu'on n'y trouve pas de pub décent, pas de magasin de disques, pas de salle de concert, pas de discothèque, pas de boîte de nuit, pas de bonne librairie, pas de magasin de vêtements pour jeunes. Pas de bus ni de train de nuit. Même le week-end. Aussi si vous voulez vous rendre dans la capitale londonienne, pas de problème. Mais pour en revenir, vous avez tout intérêt à ne pas manquer la dernière correspondance. Bref, c'est dans ce trou perdu qu'est née cette formation. Avec la volonté de s'en sortir. Parce que la musique est la seule alternative pour les jeunes qui veulent échapper aux petits boulots minables. Après avoir commis un mini elpee, Hard-Fi vient d'enregistrer son premier véritable album : " Stars of CCTV ". Richard Archer, le chanteur/lyriciste, nous a confié tout ce qu'il avait sur le cœur…

En parlant tout d'abord de Staines : " Comme dans toutes les banlieues des métropoles, les choses intéressantes sont récupérées par la cité. Et Staines ressemble à toutes les autres villes de banlieue. C'est suffocant. On s'y emmerde, mais on y a des amis. J'ai toujours eu une relation amour/haine avec elle. Et si de nombreuses chansons sont le produit de cet environnement ; elles le sont de manière générale et pourraient facilement correspondre à d'autres bleds du style. En fait, elles traitent plutôt d'une volonté de fuir cette fatalité. Ce quotidien. Afin de trouver quelque chose de plus enrichissant. Bien sûr, si nous n'avions pas été de cet endroit, nous n'aurions sans doute pas concocté ce type d'album. Ceux qui y vivent se sont reconnus immédiatement. Parce que le son est très particulier. " Pourtant, en signant chez Atlantic, le groupe disposait d'un budget conséquent susceptible de lui permettre d'enregistrer dans des conditions bien plus professionnelles ; mais il a préféré le réaliser dans le studio de leur quartier : le Cherry Lips. Archer se justifie : " Lorsqu'on a commis notre Ep, 'Cash machine', c'est ce son si particulier qui faisait notre originalité. Aussi nous craignions qu'en changeant de studio, on changerait de sonorité. Nous y ressentons les bonnes vibrations et puis il y existe une ambiance comme nulle part ailleurs. C'est beaucoup plus convivial que dans un grand studio. Et moins anonyme. Tu as le sentiment que le son reste brut. Qu'il n'est pas poli. On aurait pu se permettre d'aller dans un studio réputé ; mais pourquoi changer lorsque tu es satisfait du résultat ? On perd son âme dans un grand studio. Et pour nous le résultat obtenu est bien plus important que le budget accordé. Tu n'as pas besoin de millions de livres pour réaliser un disque (NDR : lors d'une interview accordée à un magazine britannique, Richard avait même déclaré que par rapport à celui de Coldplay, leur budget était celui d'un yoghourt macrobiotique ; ce qui a bien fait rire notre interlocuteur). Aujourd'hui tu peux l'enregistrer sur un PC, et même le mettre à disposition sur Internet ". Ce qui n'empêche pas la formation d'être ambitieuse. Richard confirme : " Ce n'est un secret pour personne que nous voulons avoir du succès. Mes parents m'ont transmis un message : celui d'aller de l'avant. Ne pas se morfondre. On avait un choix : persévérer dans la musique ou nous contenter de boulots de merde. Comme mes parents ont toujours accomplis. Mais pour y parvenir, il faut être original. Ne pas faire ce que les autres font… "

Dans ce contexte, vous imaginez bien que les lyrics ont une grande importance chez Hard-Fi. On pourrait même ajouter que leur démarche est plus rock que pop. Richard nuance : " Pour moi la pop n'est pas un genre musical. Elle peut alimenter, simplement, une chanson rock qui interpelle. Une chanson rock ne devient pas pop lorsqu'elle s'adresse à un public plus large. L'important, c'est qu'elle garde ses racines. 'Rock the Cashbah' du Clash est toujours une chanson roots. Mais beaucoup de gens se retrouvent dedans. Le rock et le folk sont des musiques du peuple ". Rock, pop ou folk, une chose est sûre : Hard-Fi est aussi bien capable de briller dans l'univers de l'underground indie que dans les charts. Richard donne un début d'explication : " C'est peut-être parce qu'on écrit de bonnes chansons. Au cours de notre jeunesse, nous jouions un peu tous les styles en compagnie de nos amis : du punk, de la house, du rock, de la soul,… Nous interprétions aussi bien du New Order, du Beyoncé que du Jacky Wilson. Mais tout en demeurant ouverte, notre démarche demeurait fondamentalement insulaire. Un aspect très british que nous avons voulu styliser chez Hard-Fi. Lorsqu'on s'engage dans cette voie, il y a beaucoup de substance. Inévitablement, tu arrives à la chanson pop. Un peu à la manière de Police, de Blondie, des Stones ou du Clash. Lorsque la mélodie accroche et que ça marche, la réaction des gens est identique dans tous les pays du monde. Je chante les choses de ma vie. Mais à partir du moment où la chanson devient populaire, la chanson ne t'appartient plus. Elle fait partie d'un patrimoine mondial… "

On y arrive. Les musiciens de Hard-Fi sont de grands admirateurs du Clash. Contempo, le groupe au sein duquel sévissait autrefois Richard, avait même reçu le concours de Mick Jones, à la production. Richard réagit : " Nous ne jouons pas du Clash. Nous avons joué un titre avec Mick Jones lors d'un spectacle. Cependant, il est exact que nous sommes tous de grands fans de ce groupe. En quelque sorte, nous ajoutons notre touche personnelle à un concentré de 25 ans du Clash. Nous ne regardons pas dans le passé. Nous nous comportons comme si le Clash faisait toujours partie de la scène contemporaine. Ce n'est pas une démarche passéiste. " En quelque sorte, Hard-Fi pourrait être à la classe ouvrière ce que les Libertines sont aux poètes sous influence. Richard nuance : " Possible, mais nous ne nous considérons pas uniquement comme un groupe déterminé à représenter la classe ouvrière. Nous nous adressons à un public hétéroclite, ayant vécu des tas d'expériences dans la vie. Nous sommes fondamentalement ouverts, même si ce n'est pas l'objectif premier. Nous ne sommes pas un groupe britpop, mais une formation qui véhicule un message universel. "

CCTV est le circuit de vidéo surveillance installé dans les rues de Londres. C'est ce qui a permis à Scotland Yard de retrouver la trace des terroristes lors du dernier attentat perpétré par les intégristes. Mais ce système soulève également la polémique. Pas seulement parce qu'il remet en cause le respect de la vie privée ; mais parce que - suivant ses censeurs - il est le responsable de nombreuses dérives dans la lutte anti-terroriste. En choisissant 'Stars of CCTV' pour titre de leur album et comme morceau maître, Hard-Fi ne cherche-t-il pas à vilipender l'administration Blair ? Richard nuance : " Nous ne visons par spécifiquement Blair. Vous avez certainement déjà entendu parler que des choses extraordinaires se produisent en Angleterre. Mais pour le petit peuple, rien n'a changé. Suffit de regarder son voisin pour s'en rendre compte. Le but est de demander aux politiciens de se reconnecter avec les gens. De faire face aux problèmes. De ne plus nous raconter des bobards. Je ne me souviens plus lorsque Blair a été élu pour la première fois, mais je me rappelle que c'était excitant. Un jeune mec parlait d'opportunités pour tout le monde. A l'époque, je me disais que c'était génial. Mais finalement, tout n'est que big business. Que ce soit de droite ou de gauche… " Autre chanson qui suscite la polémique dans les familles de l'Albion : 'Middle Eastern holiday'. Elle évoque le drame de la disparition de policiers britanniques lors de la dernière guerre en Irak. Richard confesse : " Des jeunes compatriotes ont été tués à Bassora. Ils avaient autre chose à foutre que se faire tuer là-bas. A cet âge, tu penses à sortir, à t'amuser, à danser, à draguer les filles… J'aurais pu être à leur place. Et ce drame me permet de regarder les événements avec un certain recul. Donc, c'est une espèce de monde parallèle au sein duquel tu mets de chaque côté de la balance Grande Bretagne et Irak, paradis et enfer. Et tu remercies Dieu que ce n'était pas toi la victime… "

Les musiciens apprécient tout particulièrement Lee Scratch Perry, New Order, Happy Mondays, Massive Attack et puis surtout les Specials. Richard confirme : " C'était un des premiers ensembles multiraciaux. A cette époque, cette situation était assez extraordinaire. Importante d'un point de vue musical, mais aussi sociopolitique. Nous avions effectué quelques répétitions en compagnie de Jerry Dammers que l'on considère comme un héros ; et nous devions enregistrer un titre ensemble. Pour un spectacle qui s'intitulait 'Love Music Hate Racism show'. Mais malheureusement, nous n'avons pu y participer (NDR : et pour cause, c'est à cette époque que la mère de Richard est décédée) Bien qu'appréciant le Clash, le groupe n'interprète pas de titres du mythique combo 'live'. En répétition uniquement : 'London Calling', 'The Guns of Brighton', notamment. Mais pas sur scène. Enfin, pas pour l'instant… " A contrario, Hard-Fi a repris le 'Seven nation army' des White Stripes. Richard avoue : " C'est exact. Pour nous cette chanson est devenue un classique. On l'a d'abord reprise en 'répète' et on la sentait bien et puis on avait la certitude qu'on pourrait en faire une version épatante. Nous ne voulions pas en faire un clone, mais ajouter une touche très personnelle. Et finalement le public l'apprécie beaucoup. C'est un moment important de nos prestations 'live'… "

Merci à Vincent Devos

 





 
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