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Influences internes...

Écrit par Bernard Dagnies - mardi, 31 décembre 2002
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Interpol
31-12-2002
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La scène new-yorkaise est à nouveau en pleine effervescence : Radio 4, les Strokes et puis Interpol en sont probablement les plus beaux fleurons. Interpol consitue cependant la formation qui se rapproche le plus de la scène britannique. Pas la britpop, mais la cold wave… enfin et heureusement, pas seulement. Leur premier album a reçu très bonne presse. Mais c'est surtout sur les planches que le quartet y fait l'unanimité : ils y sont tout bonnement impressionnants. Samuel Fogarino, le drummer, est aussi le plus âgé des quatre. Un personnage d'une grande gentillesse, posé et assez charismatique pour incarner le rôle de guide spirituel d'Interpol. Il s'est prêté de bonne grâce à cette interview…

Mais comment comprendre ce nouveau boom sur la scène new-yorkaise. Samuel explique : " Ce phénomène de renouveau du rock s'y reproduit cycliquement. Je ne suis pas issu de cette métropole, mais je me souviens que lorsque j'y suis arrivé, en 1997, j'ai assisté à des concerts de groupes comme Firewater et Valentine Six. Et chaque fois, ils attiraient au moins 500 personnes. Tout baignait dans l'huile. Ils tournaient aux States et en Europe. Aujourd'hui, tout le monde s'en fout. Mais on les aime toujours. Et maintenant les médias ont mis l'accent sur cette nouvelle scène de New York City. Je respecte tous ces nouveaux groupes. Ils sont bons dans ce qu'ils font. Et les Whites Stripes (NDR: ils sont de Detroit!) ainsi que les Strokes correspondent parfaitement à ce type d'atmosphère. Je leur souhaite d'ailleurs tout le bien du monde. Mais j'avoue avoir davantage d'affinités avec des ensembles qui affichent plus de profondeur et de complexité. D'un point de vue mélodique et rythmique. Comme, par exemple Swervedriver. M'enfin, ce qui peut expliquer ce phénomène procède probablement de la fascination exercée par Andy Warhol sur les groupes de New York. Elle n'a jamais cessée. Début des 90's, la tendance était plus hard, une tendance parfaitement illustrée par un groupe comme Unsane. Il était très agressif, très sombre, sinistre même. Une forme de blues blanc urbain joué de manière redoutable et colérique. C'était un de mes groupes favoris ".

Et pourquoi la musique d'un groupe new-yorkais comme Interpol sonne aussi britannique ? Samuel donne son explication : " Depuis une dizaine d'années, la pop et le rock tendent à épouser une forme très lourde, très agressive, très immédiate, très instantanée. Tu la prends en pleine figure. C'est au détriment de la mélodie et de l'introspection. Un groupe américain comme le Red House Painters a toujours fait le contraire. Et c'est ce que nous avons de commun avec eux. Cet aspect là de la britpop. Privilégier l'atmosphère et l'humeur du moment. Au cours des 80's, des groupes comme Killing Joke et Echo & The Bunnymen correspondaient à cette approche musicale. L'ambiance y était tellement épaisse qu'on pouvait presque la saisir. C'est ce que nous aimons. Et pensons que nous pensons voir réapparaître… " De cette époque, Samuel avoue beaucoup aimer les Chameleons. Et puis Clash. Surtout l'elpee 'London Calling'. De la scène punk américaine, Television, Mission Of Burma, Hüsker Dü, Big Black, Dinosaur Jr. Mais en premier lieu Fugazi. Pas seulement leur musique. Leur sens éthique. Sans oublier les disques de chez 'Dischord'…

L'âme de la musique d'Interpol est incontestablement sombre, ténébreuse. Mais parfois on se demande si en baignant au sein de cette atmosphère, le combo ne cherche pas à exorciser quelque démon. Sam ne formule aucune objection. Mais avoue qu'il n'existe aucune réelle d'intention. " A chaque chanson son démon. Et l'alcool peut aider à les exorciser (NDR : il est hilare !) ". Par contre, alors qu'on aurait pu penser le contraire, il n'est pas un grand admirateur de Joy Division. Ni lui, ni Paul, ni Daniel ne possèdent le moindre de leurs disques. Il préfère New Order. C'est plutôt le bassiste Carlos qui est un fan de ce groupe. Et puis l'ancien drummer. " J'ai rejoint le line up, plus tard. Il y a trois ans. Lorsque je suis arrivé, le groupe avait déjà enregistré quelques démos. La musique y était beaucoup plus lugubre, plus linéaire. Mais au fil du temps on s'est démarqué de cette voie. Et dans le futur, ce sera encore plus flagrant ". Les membres d'Interpol ne partagent guère d'influences communes. Daniel et Sam apprécient Fugazi. Pas les autres. Paul et Sam, les Pixies et Frank Black. Carlos et Sam, Killing Joke. Paul, la pop. Carlos, tout ce qui touche au gothique : Bahaus, Tones On Tail… " Il n'existe pas d'influence externe au groupe, mais des influences à l'intérieur du groupe. Chacun possède une influence externe, mais pas le groupe. On s'influence donc, à l'intérieur du groupe, mais pas à l'extérieur. Et je pense que c'est très sain. Par exemple, je n'assiste pas aux sets des artistes qui jouent en supporting act, afin de conserver mon esprit libre. En tournée, je n'aime pas écouter de la nouvelle musique. J'écoute de vieux standards. Les nouveautés, je les écoute chez moi. Je ne veux pas que notre musique puisse être influencée par quiconque. Je veux rester dans mon propre monde. Jusqu'à ce que le désir de créer se manifeste à nouveau… "

Tout comme au début des eighties, Interpol accorde une importance certaine à l'attitude, au look. Sur les planches, tous les musiciens, et même ceux qui sont uniquement engagés pour la tournée, sont sapés dans des costards à la fois seyants, étroits et élégants. A l'instar des musiciens de Spandau Ballet et d'Elvis Costello. Et Sam d'ajouter : " Il était super dans son costume avec sa Fender, Costello ! ".

Sur leur premier opus, une composition a été intitulée 'Untitled'. Drôle d'idée ! Sam élucide : " Sur la maquette, nous l'avions intitulé 'Intro'. Parce qu'elle ouvre nos concerts. Et puis aussi l'album. Mais elle reste tout simplement une chanson de plus de 3 minutes. Elle est mélodique. Comme nous ne trouvions pas de titre, nous avons décidé de la laisser sans titre. Si on avait conservé le titre ‘Intro’, elle aurait perdu toute sa gravité… " 'Say hello to the angels' adresse, par contre, un clin d'œil aux Smiths. C'est tellement évident que Sam nous répond en rigolant, " Non, non, il faut davantage remonter dans le temps. C'est un clin d'œil à Diana Ross… " Certaines chansons bénéficient de lyrics différents, suivant qu'elles figurent sur l'album ou sur l'EP. Mais là, seul Paul aurait pu résoudre cette énigme.

Tous les musiciens d'Interpol ont flashé sur les Warlocks. Un groupe californien, de Los Angeles très exactement, que Sam a découvert grâce au magazine Magnet. " En lisant l'article qui faisait référence à Syd Barrett et à Spacemen 3, j'ai été interpellé. Surtout que le line up aligne trois guitaristes et deux drummers. J'ai acheté le disque, et je l'ai trouvé excellent. C'est le meilleur truc que j'ai entendu depuis des années. Et pour une fois, tous les membres du groupe partagent le même point de vue. Je suis seulement parvenu à communiquer avec eux via internet. Mais malheureusement on n'a pu les voir sur scène, car lorsqu'on est allé à LA pour assister à un de leurs concerts, il était sold out. Et on n'a pu décrocher de place via la guest list. C'était assez frustrant, je dois le reconnaître. A ce jour, ils ont commis deux Eps et un elpee, parus sur un petit label américain qui s'appelle 'Bump'. L'elpee s'intitule ‘Rise and Fall’. J'espère que tu vas le trouver. " (NDR : ce qui n'est pas évident, mais je vais essayer…)

Lorsqu'on rencontre quelqu'un qui vit à New-York depuis quelques années, on ne peut s'empêcher de reparler des événements du 11 septembre. Des plaies que ces attentats ont laissées. " Mes plaies sont guéries. Je n'ai pas trop changé. Mais lorsque je traverse le pont qui sépare Manhattan de Brooklyn et que je ne vois plus les tours jumelles, je réalise très rapidement ce qui s'est produit. Et je pense que ce sentiment ne s'effacera jamais. J'ai assisté au drame de la fenêtre de mon salon. En direct. Tu sais, c'est facile de mettre cette histoire de côté ; mais lorsque vous vivez dans ce quartier, vous êtes habitués à voir ces immeubles. Mais ils ne sont plus là. Et inévitablement, vous ne pouvez vous empêcher de penser à cette catastrophe… " Bowie, qui vit aujourd'hui également à New York, estime que les Américains n'étaient pas, ou alors très mal, préparés face au terrorisme. Le sont-ils davantage aujourd'hui ? La question méritait d'être posée. " Pfft. Je ne pense pas que vous puissiez être préparés contre le terrorisme. Parce que cela ne se voit pas. Cela n'a pas d'odeur. Le terrorisme est un acte démoniaque, parce qu'on ignore quand il va se produire. " Dans la foulée, et vu les événements qui se bousculent sur la scène internationale, je lui ai demandé si Bush ne manquait pas sa cible, en menaçant l'Irak de représailles. " C'est un con ! Un enculé ! Avec ses méthodes, il va tuer tout le monde. Il va déclencher la prochaine guerre mondiale. C'est comme si il voulait récupérer la guerre du golfe de son père, là où elle s'est arrêtée, il y a 12 ans. Tout tourne autour de l'argent et du pétrole. C'est un être maléfique. En plus il est stupide. Pire, il est con ! Il aurait mieux valu qu'il soit coach de basket ! Je ne suis pas du tout d'accord avec sa politique menée aux States. Ce n'est déjà pas un domaine qui me botte particulièrement, mais depuis que Bush est président des Etats-Unis, il l'est encore moins. Agiter le drapeau américain aujourd'hui : non merci ! Nous n'avons pas besoin d'un conflit armé supplémentaire. Est-il nécessaire d'engager des représailles vis à vis de L'Irak, parce que 2 à 3.000 personnes sont décédées lors d'un attentat ? Tout ce qui risque d'arriver, c'est qu'il y aura encore plus de morts. Un père va perdre son fils. Un fils son père. Cette politique va engendrer une escalade et tuer encore plus de gens. Je ne puis partager sa façon de penser. Tout ce que Bush est parvenu à faire, c'est nous effrayer. Et je ne me sens pas en sécurité… "

Merci à Vincent Devos

 





 
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