Un goût de gris pour Flox…

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Grand frère malgré lui

Écrit par JoWell - dimanche, 27 juillet 2008
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James Deano
17-07-2008

Spa, le 17 juillet 2008, 19h10. Les Francofolies de la ville d’eau ont commencé quelques heures plus tôt. De stratus en crachin, de gouttelettes en averses, les premiers participants font la file un peu partout, surtout où il reste des zones à l’abri. Aux stands bracelets et aux échoppes, le monde s’agglutine, sans opérer le moindre mouvement de foule incontrôlé. Un début de festivités donc, un peu froid et humide ; mais il en faut plus pour anéantir l’esprit ardennais. J’ai rendez-vous à 19h15 avec Emilie, attachée de presse auprès de la maison de disques Warner. Motif : une interview de James Deano. Dans le sas de l’hôtel Radisson, c’est l’effervescence à la réception. Armés de laissez-passer, de caméras, de micros et d’appareils photos, les journalistes se ruent sur l’accueil. Tout est goupillé à la minute près. Il s’agit de ne pas louper la sienne. Emilie me reçoit en affichant un grand sourire, aussi chaleureux que la couleur de veste ‘flashi’ qu’elle porte. ‘Je gère’ me dit-elle. ‘Tout est nickel. Tout est dans les temps’. Les interviews s’enchaînent. La séance de dédicaces reste d’actualité, même si Deano n’apprécie que très peu ce genre d’exercice. Il semble ne pas encore réaliser l’intérêt qu’on lui porte. L’entretien se déroulera dans le petit salon. Entre quatre yeux et deux cafés. ‘Bien chauds les cafés svp’…

Salut Olivier (NDR : Olivier Nardin est le véritable nom de James Deano). Comment vas-tu, dis moi ? Tu m’as l’air un peu ‘cassé’.

En fait, je suis malade comme un chien. Mes cordes vocales sont bousillées ; et je sens bien que techniquement, ce soir ça va être chaud.

Manifestement, j’entends bien que ta voix est plutôt ‘loin’ (NDR : le timbre de Deano est plutôt rauque, et pour bien le comprendre, il faut bien tendre l’oreille)

Ouais, mais c’est Spa. Les gens m’attendent. Certains au tournant d’ailleurs. Je dois donc jouer. J’ai failli laisser tomber ; mais je vais le faire. Il y a quelques années que je tourne et je n’ai jamais annulé une seule date. Je vais me produire ce soir. Mais ça risque d’être très chaud, c’est clair.

Tu n’en a pas un peu marre de toutes ces interviews ? Il faut presque se battre pour fixer un rendez-vous. A moins peut-être que ce rythme de vie te grise ?

Je vais t’avouer sincèrement : je sors d’une année faste. J’ai accordé des interviews partout. Je devais répondre non stop. J’en étais gavé. Mais là, il y a deux heures que je suis occupé, et je le vis bien. C’est sympa !

C’est vrai que la presse belge regorge de tes interviews…

Le pire, c’est que ma maison de disques ne me trouvait pas assez convaincant. Pas assez vendeur. Déjà que, je ne suis pas toujours à l’aise dans ce genre d’exercice. Mais si tu veux avoir confiance en toi, la pression ne t’aide pas. Surtout de leur part. Cette situation n’est pas drôle, tu sais. Aussi, je me suis posé pas mal de questions.

Oui, mais c’est de bonne guerre !

Exact, c’est de bonne guerre. Quoiqu’on en pense, c’est le jeu.

C’est le business quoi.

Il n’y a pas le choix de toute façon !

La sortie du « Fils Du Commissaire » date de janvier 2008. Mais il y a un bon moment que tu te sers des mêmes morceaux qui y figurent. Ca va, tu tiens le coup ?

Je t’avoue que je tourne avec les mêmes chansons depuis quatre grosses années. A force, c’est saoulant, oui. Je ne prends plus le même plaisir qu’au début, c’est certain. Heureusement il y a l’adrénaline du public. Elle se renouvelle constamment. Ce n’est jamais la même chose. Raper toujours les mêmes chansons devient obsessionnel, limite chiant.

Justement, au fil du temps, j’ai l’impression que tu t’es adouci dans tes sets. Tu semble moins tranchant, moins underground dans la manière de les jouer.

Oui et non. Les chansons sont toujours les mêmes. Elles n’ont pas pu changer du tout au tout. C’est pareil depuis le début. Du son au flow. J’ai du mal à croire que le changement soit si radical. A la limite, lors de la réinterprétation des textes sur l’album, il est possible que des adaptations soient intervenues. Sur scène, non !! Le truc qu’il faut se dire, c’est que quand tu composes un morceau, tu l’enregistres d’abord sur du ‘home studio’, un pc ou un autre support. Tu invites les gens qui gravitent autour de toi à écouter la maquette pour voir si elle plaît. Mais d’office quand tu passes en studio, tu radoucis l’ensemble. Ceux qui sont susceptibles de se rendre compte de cette situation n’appartiennent qu’à un cercle privé d’amis.

Si on compare tes compos actuelles, à l’esprit « Branleur de Service », tu avoueras que la métamorphose est quand même flagrante !

Ouaiiiiis, ça c’est clair. « Branleur de Service » date de 2003 !! Mais on n’est quand même pas si loin de ce que je fais actuellement ?? A savoir que c’était déjà un thème, une histoire, quelque chose d’un peu choquant,… tu vois ce que je veux dire ? Mais quand à cette époque, j’ai compris ce que ce morceau impliquait, je n’ai plus jamais voulu reproduire ce genre de truc. C’est tombé dans des oreilles de personnes que je ne ciblais pas. Je ne veux plus être aussi hardcore. Mais oui, c’est une critique qui revient souvent : ‘Ouais on te préférait comme t’étais avant, t’étais plus underground, plus hardcore, blabla…’ Ils ont raison. Personnellement, je n’ai plus envie d’être drôle ou doux. J’ai envie de retirer cette étiquette. Je souhaite quelque chose de plus violent. En plus, je suis quelqu’un de très violent, à l’intérieur de moi. Si je devais être fidèle à moi même, mon rap le serait beaucoup que ce qu’il est maintenant.

Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu parles de ton avenir ?

Oui, il se peut que j’emprunte cette direction. Mais je ne renierai jamais mes choix. Il fallait adopter une stratégie, au début. Quelque part, si ce style a bien marché, c’est que j’ai pu bénéficier d’un support médiatique. Ma carrière à beaucoup évolué grâce à ce soutien. Ce n’était pas si mal joué de notre part. Ta carrière, heureusement, tu ne la fais pas que sur un seul album.

A ce moment précis, Michel Fugain fait son apparition devant le salon ou Deano et moi même nous entretenons. Il a une tête à faire peur. Il se rend à une interview, celle qui va le rendre un peu moins populaire pendant ce festival. Mais ça c’est une autre histoire.

Le gros buzz de James Deano, c’est quand même « Les Blancs ne Savent pas Danser ». Pourtant, ce morceau est tellement peu représentatif du reste de l’album. Dommage que ce soit celui-là qui ait été le plus médiatisé, non ?

Le problème, c’est que tu ne sais pas faire autrement. Mais moi, « Les Blancs ne Savent pas Danser », c’est un morceau que je kiffe. Et que je kiffe encore aujourd’hui. Où que j’aille en Belgique, en France. Quelle que soit la commune ou la profondeur du quartier, tout le monde la fredonne. Donc fatalement, c’est une chanson qui a plu, sinon les gens ne la connaîtraient pas. Même plus besoin de chanter le refrain. Je trouve son thème original, même si ce n’est pas ce que j’ai écrit de plus profond. Stratégiquement, tu ne peux pas vendre tout un album d’un coup. Tu dois choisir un extrait à la fois, et le balancer. Le boss de Skyrock France (NDR : Pierre Belanger) avait bien flashé dessus et a décidé de le booster. Immédiatement, ma maison de disques et moi même avons marqué notre accord. Il y a une brèche qui s’ouvre, on fonce ! C’est logique, tu essayes à un moment de vivre de ce que tu fais. Tu veux que ça aille plus loin.

Je comprends, mais tu ne m’ôteras pas l’idée que « Les Blancs… » n’est pas représentatif de l’elpee.

C’est clair. L’album n’a rien à voir avec « Les Blancs ne Savent pas Danser ». C’est le tout dernier morceau que j’ai écrit. Je voulais le concevoir dans un esprit ‘club’, mais ne pas faire du krunk, genre rap américain qui tourne pas mal pour le moment. C’était plutôt une envie de créer quelque chose de plus populaire, plus camping. Un esprit disco populo, avec un refrain où tout le monde chante dessus. J’ai bossé dessus dans cette optique. Je n’ai pas ‘vendu mon cul’ à qui que ce soit. Il est de la même veine que « El Playboy », ou « Tu t’es Vu ? ». Le but est purement commercial… Le revers c’est que pas mal de mamans et de petits ont dû être déçus. Ce morceau les a touchés ; et le reste de ce que je fais, n’est pas vraiment le même.

C’est ce qui explique un peu l’éclectisme de ton public ? Pas toujours habillé Adidas peau de pêche et casquette Lacoste. C’est devenu plus familial, grâce à ce morceau ?

Tout à fait, les petits viennent accompagnés de leur maman. J’ai flashé. Je ne connais pas leurs goûts ou ce qu’ils veulent. Je n’ai pas de petit frère ou de petits cousins, ça m’est complètement inconnu. Ca fout la trouille. Quand tu comprends que les familles viennent avec en tête « Les Blancs… », ils doivent se dire en voyant le set, que je suis plus violent, plus trash. Ils ne s’attendent pas à ça.

Et ça te bride ?

Non ça ne me bride pas, mais je me dis quand même, que certaines personnes ont dû être déçues en assistant à mes concerts.

Personnellement, je kiffe plus des morceaux comme « Le Son Du Cosmos » ou  « Loin de la Vérité ». Ils sont vraiment excellents ! C’est le genre de titre auquel je pense plus, quand je réfléchis à ton album. Pourquoi ne les joues-tu jamais en live ?

Le « Son du Cosmos », je t’explique. Un soir j’ai fait la première partie de Diam’s à l’Ancienne Belgique. Le public n’a rien compris. Il est resté interrogatif. Depuis, je ne le joue plus sur scène. C’est un morceau, qui n’est ni rap, ni slam. C’est un truc un peu bâtard. Peu de monde le comprend vraiment. Ca me fait plaisir de rencontrer quelqu’un qui l’aime bien.

A l’époque de « Branleur …», tu avais le soutien de Soprano, par exemple. Lors d’une émission sur Skyrock, où tu étais l’invité, des mecs du milieu rap français appelaient la radio pour t’encenser. Ils sont toujours là à te soutenir, maintenant que t’as modifié un peu ton style ?

Je ne sais pas. Soprano, il nous a supportés quand il fallait le faire. Il a raconté des bribes de l’aventure. Maintenant, je crois qu’il nous apprécie, sans plus. Le truc qui a peut-être perturbé l’avis des gens, c’est qu’à un moment, il fallait enregistrer un clip. Et que nous avons eu l’occasion de le réaliser pour deux morceaux. « Les Blancs ne Savent pas Danser » était un choix imparable. Il tournait en radio, il fallait le concrétiser. Pour le deuxième, par contre, nous aurions peut-être dû choisir une compo plus sombre, plus travaillée. Mais nous avons dû choisir le « Fils du Commissaire », pour justifier le titre de l’album. Tout le concept qu’on a mis en place, tournait autour de cette chanson. Ce sont deux plages ‘comiques’ qui sortent du lot. Du coup, bing ! Etiquette ! Mais on le savait. On a les couilles. Cette étiquette, je la retire quand je veux.

Ce qui laisse présager un deuxième album plus ‘travaillé’ ? Destiné à un autre public, du coup.

C’est clair, l’humour je ne m’en sens plus capable. Sincèrement, je n’ai plus envie de rire… ni de faire rire. Et encore moins de passer pour un bouffon. Je souhaite passer à quelque chose d’un peu plus violent. Attention, mes propos sont étrangers à toute incitation à la violence. Ce serait plutôt l’interprétation de ce mal-être qu’on a en nous, ce besoin de sortir ses tripes. Quelque chose qui correspond davantage à l’image que l’on a de moi : drôle et enjoué. Je suis plus torturé qu’enthousiaste et positif. Il y a une incohérence dans ma démarche.

Ton futur sera donc plus sincère ?

Pour être franc, le rap commence à me saouler un peu aussi ; tout cette subculture, cette expression de la rue ne me touche plus de la même façon. Pour le prochain album, je vais sans doute m’orienter vers une formule plus chantée. Proposer plus de vibrations et d’enchaînements. Un truc beaucoup plus musical.

On va te laisser certainement moins de temps que le premier, pour le concevoir. Tu vas être sous pression, gars !

Complètement, mais je le suis déjà maintenant tu sais. En plus, je n’ai pas encore un seul texte. Je n’ai rien. Pas une idée, pas une piste. Wellou. Je ne sais même pas si ça va être possible.

En tout cas, nous espérons bien te retrouver sur une deuxième galette !

Ben espérons… (rires)

 

 





 
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