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Le public est un gros fainéant

Écrit par Geoffroy Klompkes - jeudi, 31 octobre 1996
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Jean-Louis Murat
31-10-1996

Jean-Louis Murat, la langue de bois du discours de promo, c'est quelque chose qu'il ne connaît manifestement pas. Pour preuve, cette longue rencontre où une sacrée dose d'humour ne l'empêche pas de cogner sur sa maison de disques, sur les médias et, surtout, ultime sacrilège, sur son public.

J'aimerais sortir beaucoup plus de disques. Mais chaque fois, il faut attendre au moins 18 mois. Le débit est conditionné par les médias et pas par la créativité de chacun. C'est la merde des maisons de disques ! Je ne sais pas comment les artistes en sont arrivés à se laisser manipuler par ces enfoirés. En laissant de tels délais entre les sorties, les mauvais ont le temps de se préparer. S'ils devaient enregistrer un nouveau disque chaque année, les 3/4 de ceux qui nous cassent les couilles n'arriveraient pas à suivre la cadence. Et puis, si tu réalises un album par an, tu peux te permettre d'expérimenter, mais au rythme qu'on nous impose, il faut que ce soit réussi à tous les coups. Quant on voir le prix des disques, en plus... ils devraient coûter 180/240 fb (NDLR : 4,5 à 6 €), pas plus, le CD ne serait plus l'objet culturel aussi lourd et chiant qu'il peut être actuellement.

On a pourtant parlé de crise d'inspiration à ton sujet. Qu’en penses-tu?

Aucune crise d'inspiration. Si on écrit beaucoup de chansons comme moi, c'est difficile d'en sortir aussi peu. A mon sujet, on en a sans doute parlé, parce que je suis resté longtemps en studio. C'est la technologie qui a pris du temps. Quand on se retrouve à la tête de plus de 100 pistes par chanson, on finit par s'y perdre... De toute façon, je m'étais fixé pour but de rester un an sur ce nouvel album. J’estime qu’enregistrer un disque en une semaine et un autre en une année est une bonne méthode.

Un album réaliste

Qualifierais-tu ce nouvel album de ‘plus léger’ ?

Il n'y a rien d'aussi lourd que « La Fin du parcours » ou « La Momie mentalement ». L’album est plus ‘chanson’, sans doute. Les médias français, les FM, c'est tellement de la merde que tu es obligé. Moi ce que j'aime faire, c'est « Vénus » : enregistrer un album en une semaine, attaquer, en compagnie de 2, 3 musiciens, dans des conditions quasi live. Le problème c'est qu'après, personne ne suit le mouvement! Ou alors, en France, tu en vends 5 000 et tu vas pointer au chômage. Partant de là, « Dolorès » est un album... réaliste.

Pragmatique?

Le pragmatisme du mec qui n'a pas envie de redevenir chômeur. Il se dit : ces espèces de trous du cul de la FM, toute cette daube, il va s'aligner légèrement dessus, sans trop perdre son âme. En France, le public est un peu con et le marché est petit, alors on est obligé de taper un peu ‘variète’. Pourtant, j'ai quand même vendu 100 000 exemplaires de « Vénus », pas vraiment un fiasco. Surtout si on considère la manière dont je l'ai réalisé. Evidemment, « Le Manteau de pluie » s'était écoulé à 170 000... Le label regarde les ventes comme une courbe exponentielle où, à la fin, tu exploses ! (rires) De toute façon, quand on a un peu de culture rock, ce qui, j'espère, est mon cas, on sait qu'une discographie se travaille finement. Il faut être capable d’enchaîner les disques, sentir la dynamique. Neil Young, par exemple, maîtrise parfaitement ce mécanisme. Beck, j'espère qu'il parviendra à le contrôler. Son double contrat (il a signé chez Geffen mais est libre de sortir des disques sur d'autres labels) c'est extra, c'est ce qu'il me faudrait. Le rêve!

Tu sembles rencontrer beaucoup de difficultés avec ta maison de disques...

J’en ai surtout marre que les maisons de disques ou les médias pensent que la prod’ ou le producteur, c'est le plus important. Chez Virgin, ils pensaient que la prod' n'était pas mon truc. C'est vrai que je pense que quand on est mauvais, on a besoin de production. Alors je me suis dit: on va voir ce qu'on va voir. C'est quand même pas sorcier d'essayer de faire sonner un truc. Il faut simplement aimer se branler la tête pendant des jours et des jours... Donc je l'ai fait pour que la maison de disques me lâche.

Tu parlais de ‘variétés': « Vénus », c'était pour t'en éloigner?

Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte. Disons qu'après cet album et le duo avec Farmer, je n'étais pas très à l'aise: il fallait absolument que je reprenne les choses en mains. Virgin ne m’a jamais pardonné « Vénus ». Dingue, hein? Ils vivent cette histoire comme une trahison, comme si on était en guerre. Donc, pour « Dolorès », j'ai essayé que ça aille mieux. Je leur dois encore deux albums, je n'ai pas envie de rester en guerre tout le temps. Mais je compte beaucoup sur le prochain pour faire exploser l’affaire en plein vol. Tu devrais entendre les médias français qui me disent : ‘Enfin tu es revenu. Mais qu’est-ce que t’as foutu avec « Vénus » ? Je crois qu’en France, les gens n’aiment pas le travail brut, ils veulent qu’il soit remâché 100 000 fois. Jusqu’à obtenir une espèce de ‘Qualité France’ comme on peut voir dans les films.

L’ombre de Julien Clerc

Tu as dit que Nellee Hooper (le maître d’œuvre de « Début » de Björk) et Tim Simenon (Bomb the Bass) avaient écouté tes démos. En quelles circonstances ?

Je leur ai envoyé une cassette, ils ont écouté, elle leur a plu et ils m’ont rappelé. Ils en reçoivent des tonnes, quand même, alors j’étais super fier. Hooper m’a raconté par la suite, qu’il était en studio avec Björk et qu’ils avaient écouté toutes les chansons ensemble, à donf.

Virgin voulait absolument que tu utilises un producteur ?

Déjà, pour « Vénus », ils m’avaient fait chier pour que j’en prenne un, ce que je ne voulais absolument pas. Ils m’ont demandé avec qui je voulais bosser. Je suggère : le Crazy Horse. La cassette est envoyée et 15 jours plus tard, les Crazy Horse répondent que mon projet leur plaît beaucoup et qu’ils acceptent. Tout l’entourage de Neil Young. Ils m’invitaient même dans leur studio à L.A. Moi super emmerdé, je réponds à Virgin que ça craint, que je ne veux pas aller là-bas et que je ne parle pas anglais. Ce qui est faux ! Le lendemain, les Crazy Horse répondent : ‘Aucun problème, on vient en France. On enregistre où il veut’. J’étais pas dans la merde, quoi… Alors j’ai laissé pourrir le truc. Pour « Dolorès », Virgin réattaque, même question : avec qui je veux bosser ? Je réponds : Nellee Hooper. Il venait de finir le Björk, il allait entrer en studio pour Madonna, moi tranquille, je pensais qu’il n’allait pas être intéressé. Manque de bol, ça l’a branché. Mais il prenait 90 000 balles (NDR : 13 500€) par titre. Alors, Virgin a demandé à Hooper quelqu’un de moins cher mais qui travaille comme lui. Il a refilé la DAT à Bill Simenon, à qui ça a plu. Il voulait faire tout l’album.

Ce qui ne s'est pas concrétisé finalement…

On a bossé sur deux titres, pendant un mois à Londres. C'était pas terrible... Par contre, je me suis fait tout expliquer. Il travaillait sur les remixes de Bowie, puis les week-ends, il allait à Dublin travailler avec U2. Je le bombardais de questions et il m’expliquait tous les trucs. Le soir on allait traîner chez Goldie. Brian Eno passait, je voyais Johnny Dollar qui me parlait des prises du Nenneh Cherry. Dans le studio à coté, il y avait Bertrand Burgalat (arrangeur d’Hugo, mari de Valérie Lemercier et idole de Benjamin Lu) avec qui je suis très pote. Lui, aussi, j'allais lui poser des questions. On voulait réaliser un truc ensemble mais ça ne s'est pas arrangé. Il y avait aussi Sonya la chanteuse d'Echobelly qui a acheté tous mes disques. Elle voulait qu'on fasse quelque chose ensemble ce qui arrivera un jour. J'étais vraiment bien, à Londres, comme un poisson dans l'eau, super bien intégré. Mais quand je suis revenu, le nouveau directeur artistique de Virgin m'a envoyé une cassette ‘pour m'ouvrir les oreilles’ (sic). Il y avait Portishead, Massive Attack… Ce type, il me voit comme l’ombre de Julien Clerc!

D'où vient cette chanson déglinguée que tu as refilée pour la compile « 5 heures » ?

Au départ, c'est un morceau qui figure dans une version ‘normale’ sur la B.O. du film « Mlle Personne ». Elle accompagnait l'édition limitée du live. Il y avait un piano punaise, dans le studio. Elodie Bouchez qui participait aux sessions avait amené une copine. Pour déconner, j'ai dit à la copine : toi, on va bien te faire faire quelque chose. Elle était un peu cassée, en plus. Alors, j'ai proposé à Denis (Clavaizolle, le collaborateur de toujours) d'en réaliser une version juste piano/voix. Et dès la deuxième prise, ça roule. D'ailleurs, il y a le métro qui passe. Je l'ai mise derrière le micro et je lui ai proposé de faire vaguement la mélodie. Elle était cuite fracassée et elle a accompli ce truc incroyable. La B.O., d'ailleurs, c'est celui de mes albums que je préfère. C'était vraiment du boulot : 6 jours de prises pour un coût de 120 000 FF (NDR : 18 000€) ! Et encore, ils m'avaient filé 100 000 balles (NDR : 15 000€) et les 20 restants (NDR : 3 000€), c'est moi qui les ai mis de ma poche. C'est la moitié d'un budget de Sylvain Vanot. Chez Virgin, ils ont estimé ça tellement effrayant qu'ils ne l'ont même pas sorti, si ce n'est sur ce tirage limité à 4 ou 5 000 exemplaires.

Qu’est devenu ce film?

Bloqué dans un tiroir, pour des problèmes de contrat à la con qui me dépassent. Ca ne se débloquera sans doute jamais, mais ça ne me regarde pas : c'est un problème avec le producteur et Pascale Bailly, la réalisatrice. C'est une caractérielle. Je ne crois pas qu'elle veuille que le film sorte. Moi je voulais qu'au moins le disque soit publié normalement. Il y a quelques mois, lors d'une discussion avec le PDG de Virgin, je me suis rendu compte qu'il ne l'avait même pas écouté. Il croyait que les morceaux étaient uniquement instrumentaux.

Et ta tournée, comment a-t-elle été perçue ?

Ca n'a pas plus à Virgin. Aux médias, pas tellement. Le public, c'est un gros fainéant, super-décevant. Moi, quand j’assiste à un concert, je déteste qu'on me refasse le disque. J'adore aller voir des nouveaux groupes que je ne connais pas. Le public, il paie 150 balles (NDR : 22€50) et il veut entendre l'album. J'ai jamais compris pourquoi il me faisait la tronche parce que je chantais des inédits ou des versions différentes de chansons qu'il connaissait déjà! Le public a fait la gueule, les gens n'ont pas acheté et les critiques m'ont ‘destroyé’... J'avais pris des risques : les musiciens avaient été recrutés par petites annonces. J'en ai auditionné plus de 100. On a répété pendant 7 semaines comme un groupe, sans qu'ils entendent les versions originales des chansons. Que personne n'ait suivi, c'est une grosse déception, je ne suis pas près de remonter sur scène.

(Article paru dans le n° 47 du magazine Mofo d’octobre 1996)

 





 
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