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Je n’ai pas voulu faire de la musique, c’est la musique qui m’a appelé…

Écrit par Didier Deroissart - vendredi, 15 janvier 2016
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Jupiter Bokondji (Okwess International)
05-07-2015

Jupiter Bokondji est né en 1965, à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. En compagnie de son groupe, Okwess International, il tourne sur le continent africain, dès le début des nineties. C’est au moment où il se forge une belle popularité, que la guerre civile éclate dans son pays. Pour échapper à la violence, certains membres du combo se réfugient en Europe, mais Jupiter, revient au bercail. Ce qui va accroître sa popularité. Ainsi, en 2006, il figure dans le documentaire ‘Jupiter’s dance’. Il attire alors l’attention des producteurs et musiciens occidentaux. Il est ainsi invité à participer à l’‘African Express tour’, en 2013 et publie son premier elpee “Hotel Univers”, en mai de la même année, aux Iles Britanniques, sous la houlette de Damon Albarn.  

L’édition 2015 du Couleur Café a été marquée par une invasion de musique reggae et urbaine en tous genres. Heureusement, un vent frais est venu souffler sur le festival. Il a été apporté par Jupiter Bokondji et son Okwess International, grâce à un mélange entre tradition congolaise, funk, rock et soul issue des 70’s. Un style qu’il a baptisé ‘Bofenia rock’ et qui lui permet de dispenser des messages sociopolitiques engagés au gouvernement de son pays, mais également d’inciter ses concitoyens à mieux développer leur talent tout en exploitant au mieux leur potentiel. Et c’est en toute décontraction qu’il répond aux questions de Musiczine…

Okwess International, c’est un drôle de nom pour un groupe ?

Okwess est un mot kibunda, un dialecte parlé dans le Bandundu, une province de la République du Congo. Il se traduit en français par nourriture. Et cette bouffe est internationale.

Pour concocter ton album, tu as reçu le concours de Damon Albarn. Ce qui t’as aussi permis d’assurer la première partie de Blur à Paris et à Londres. Comment s'est opérée ta rencontre avec ce grand monsieur de la Britpop ?

C’est suite au documentaire cinématographique, ‘La Danse de Jupiter’ que j’avais réalisé. Les  musiciens de Blur s’y sont intéressés et sont venus me voir au Congo ; et en même temps, ont voulu découvrir ce qui se passait sur la scène musicale. Nous étions alors en 2007 ; et c’est ainsi que tout a commencé…

Tu t’es produit au Roskilde de Danemark récemment. En fait, c’est la troisième fois que tu figures à l’affiche de ce festival. Une raison ?

C'est incroyable là-bas, les organisateurs sont très chauds à l’idée de nous inviter. Ils me contactent régulièrement. Peut-être aussi parce que j’apporte de la chaleur à leur programmation. En fait, j’y ai déjà participé à quatre reprises, dont une fois au sein du collectif  'Africa Express' (NDR : l’Africa Express a été fondé au Royaume-Uni en 2006 par Damon Albarn, le journaliste Ian Birrell et le producteur musical Stephen Budd). J’y ai vécu une formidable expérience. Elle m’a permis de rencontrer de remarquables musiciens et de me nourrir l’esprit...

Comment expliquer le succès de ton album, « Hotel Universe » ?

Sans doute, parce que le public ne s’attendait pas à écouter ce type de musique. Au Congo, il est passionné de rumba. Aussi, il imaginait sans doute que j’allais perpétuer cette tradition. Et j’ai ouvert la porte à un autre univers. Inédit. Qui suscite d’autres vocations. Tout en renouvelant la musique congolaise. 

Dans ton pays, la nouvelle génération te surnomme le ‘Général Rebelle’. Une raison ? Es-tu devenu punk dans l'âme ?

Pas seulement ! On me baptise également 'espoir de la jeunesse' ou 'troubadour'. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce que ma vision des événements est différente. Que je me suis rebellé contre les aînés. Il appartient à la nouvelle génération de réécrire l'histoire du Congo et celle de sa culture. Tout ce que nos parents ont raconté, c'est de la foutaise !

Te sens-tu proche de Staf Benda Bilili, Kasai All Stars ou Konono ?

Staf Benda Bilili sont des potes. Ils regardent vers le futur. Je leur ai filé un coup de pouce, parce que leur démarche est proche de la mienne. Qu’elle s’inscrit dans le cheminement que j’ai tracé. Quant à Kasai All Stars et Konono, ils jouissaient déjà d’une certaine notoriété avant moi.

L’évolution du Congo constitue-t-elle une source principale de ton écriture ?   

Encore et toujours. Mais le Congo, c'est un monde nouveau et fertile. Pourtant, il n’est encore nulle part. Il est nécessaire de réécrire son histoire. J’y vis et je dispose de toutes les sources d’inspiration utiles et nécessaires pour y contribuer. La diversité du peuple congolais, c’est sa richesse…

Tu sembles apprécier la soul, donc les cuivres. Une raison ?

Ces instruments sont une valeur ajoutée à ma musique. Ils lui apportent du poids. A Kinshasa, 14 personnes militent dans mon backing group : section de cuivres, percussions et choeurs. Malheureusement, toute cette équipe ne m’accompagne pas en tournée, pour des motifs budgétaires. Je n’y emmène que six musiciens. C’est un problème, je l’avoue… 

Ton père était diplomate en Allemagne. Tu y as donc vécu pas mal de temps. Ce n’est qu’en 1980 que tu es retourné dans ton pays natal. Tu sembles y avoir retrouvé rapidement tes racines...

En rentrant au Congo, je me suis intéressé à la musique traditionnelle. En Allemagne, j'écoutais James Brown, Jackson Five, Boney M et toute la production occidentale. En fait mon parcours est un peu bizarre. Dès ma tendre enfance, mon esprit a été rapidement imprégné de mysticisme ; car guérisseuse, ma grand-mère m’emmenait aux cérémonies. En revenant au pays, j'ai retrouvé, dans ma chambre, un tam-tam qu’elle m’avait laissé. Elle m’a ainsi transmis son pouvoir. J’ai commencé à en jouer, et c’est alors que ma vie a pris un nouveau tournant. Car ensuite, j’ai commencé à me produire lors des obsèques et des mariages. Mon père n’acceptait pas cette situation et a voulu me renvoyer en Europe. Alors, j’ai quitté la maison familiale et j’ai commencé à dormir dans la rue, les maisons abandonnées ou les immeubles en construction. Et même dans les demeures des défunts. C’est à partir de ce moment que j’ai entamé un long périple à travers le Congo, tel un enfant impatient de découvrir la musique traditionnelle. Au Congo, on compte plus de 450 ethnies. Et chaque ethnie est divisée en sous ethnies. Quand je suis revenu du Vieux Continent, j’étais aussi curieux qu’un petit blanc décidé à se documenter sur la culture congolaise. C'est ainsi que j’ai compris qu’elle était immensément riche et inépuisable.

Te sens-tu investi d’une mission ou te considères-tu simplement comme un explorateur de sons ?

J'ai une mission à remplir. Et je l’accomplis en me produisant à travers le monde. Il y a toute une génération qui me soutient. Ce qui me réconforte. Je n’ai pas voulu faire de la musique, c’est la musique qui m’a appelé…

Un artiste comme Peter Gabriel est parvenu à populariser la musique africaine et à lui donner une visibilité internationale. Comme par exemple lorsqu’il a lancé Youssou N'Dour. Que penses-tu de son initiative.

Tous les chemins mènent à Rome…

D’origine angolaise, le kuduro commence à récolter un certain succès en Occident. Est-ce un exemple à suivre ?

Je ne connais pas le kuduro ; néanmoins, un tel engouement me réjouit. Et je ne peux qu’encourager ce type d’initiative. Les racines du monde sont africaines. Je ne suis pas le seul à le penser. S’intéresser à sa musique traditionnelle est donc fondamental. Un acte qui reflète une pensée positive… 





 
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