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Un bordel organisé…

Écrit par Michael P. Short-Use - lundi, 29 juin 1992
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Les Négresses Vertes
30-06-2010

Originaire d'Algérie, Stéfane Mellino a aussi vécu dans le sud de la France, avant de débarquer à Paris. Il est guitariste, compositeur et parfois chanteur (« Face à la mer ») du groupe français le plus connu et apprécié en Grande-Bretagne. Entretien avec ce grand admirateur des... Gipsy Kings (‘Les gitans, Django tout ça j'adore’) et des Tueurs de la Lune de Miel (‘Des très grands, les meilleurs même, bien mieux qu'Arno’).

Votre deuxième album s'intitule « Famille nombreuse », doit-on y voir une métaphore pour parler de la planète?

On peut le concevoir ainsi ; mais c'est plutôt une métaphore pour parler du monde des Négresses Vertes. Le but premier, c'est bien sûr de donner un titre à l'ensemble des chansons qui composent l’album. On le voulait simple, facile à comprendre. ‘Famille’, même à l'étranger, on comprend !

Tu parles du monde des Négresses Vertes. Décris-moi ce monde?

C'est un monde qui évolue. Au départ il était basé sur des feelings, des émotions, des descriptions de personnages. Maintenant, on parle plus d'amour ; on aborde des thèmes différents, on élargit notre rayon d'action. C'est un monde comme tous les mondes, mais celui-là n'existe que par ses chansons. C'est un monde qu'on reconstruit chaque soir sur scène. Si on ne jouait pas, il n'existerait pas.

Tu dis que vous avez élargi votre rayon d'action. Est-ce un processus réfléchi ou s’est-il développé naturellement?

C'est une évolution dont on avait envie. Et puis, elle s'est dessinée à force de travail. On ne peut pas continuellement faire la même chose.

Vous aviez l’impression d'être arrivés à une fin?

Pas du tout. Au contraire, on n'en est qu'au commencement. Sur le premier album, on avait déjà posé les jalons de ce qu'allait devenir la suite pour les Négresses Vertes. Après, il fallait garder ou non, cette inspiration. Je crois qu'il faut la faire évoluer au travers d'une instrumentation plus approfondie, plus maitrisée, plus aboutie. C'est ça le travail ! Nous évoluons, mais dans notre style

Au travers aussi d'un métissage culturel, toujours plus marqué...

Ca, c'est nous aussi. On ne le fait pas exprès. On ne s’assoit pas et on ne dit pas : ‘Si on faisait du métissage culturel !’ La musique, elle vient spontanément ! Et les gens nous reconnaissent dans cette musique, de plus en plus. On ne nous compare presque plus jamais aux Pogues !

Même en Angleterre, où vous êtes un des rares groupes français à avoir bonne presse?

Si les Anglais nous aiment, on va pas en faire un plat, hein ? Au contraire! Ce n'est pas parce qu'ils nous aiment, nous, qu'ils ne peuvent pas aimer d'autres groupes français. On n'est pas meilleurs, parce que les Anglais nous aiment. Ils viennent nous voir parce qu'ils trouvent qu'on est plus qu'un simple groupe de rock. Il y a une dimension spectaculaire et puis, notre apport musical est ancré dans notre époque. La génération actuelle connaît le métissage! Les jeunes d'aujourd’hui qu'ils soient anglais, turcs ou congolais se retrouvent au travers de notre musique... ils viennent pour faire la fête, pour s'éclater, pas pour voir de super-instrumentistes! Attention: la musique, on la joue bien, elle est propre, nette, mais elle n'est destinée qu’à faire passer un bon moment.

Musicalement, vous êtes perfectionnistes ?

Ah oui, on est des perfectionnistes. On est onze, si on n'était pas perfectionnistes, chacun à son niveau, ce serait le bordel ! Ce qu'on fait c'est un bordel, d'accord, mais c'est un bordel organisé.

Réunir onze personnes sur scène, c'est peu fréquent. Cette situation entraine-t-elle parfois des tensions, des discussions?

Non, c'est pas trop le genre de la maison. On fait de notre mieux pour préserver l’entente entre tous les membres du groupe. On est sur la route ensemble depuis trois ou quatre ans, maintenant. Mais c'est une aventure que la plupart d'entre nous avons désiré fortement. Et même si c'est dur parfois, on est quand même bien contents d'être là où on est. On fait quelque chose qui nous dépasse un peu : on est des ‘rien du tout’ et on a la chance de jouer pratiquement dans tous les pays du monde. D'autant qu'on sait jouer de la musique, mais qu'on n'est pas vraiment musiciens. On est des autodidactes, on a appris à la force du poignet. C'est déjà tout du bénéf' pour nous, ça.

Mais à onze, il se forme tout de même des sous-groupes, non?

C'est vrai qu'il existe des sous-groupes, mais ils changent souvent! L'important, c'est que lorsqu'il faut être tous solidaires, on l'est! Qu'il y ait des petits groupes séparés, c'est plutôt bien, ça permet de respirer un peu...

C'est donc plus facile d'être un groupe à onze qu'à trois ?

C'est sans doute un peu pareil. Les problèmes sont les mêmes. Disons qu'à trois, s'il y en a un qui se tire, c'est vraiment gênant, le groupe ne peut plus survivre.

Vous écoutez les groupes français qui vont un peu dans la direction que vous empruntez ? Les VRP, La Mano...

Oui, on achète leurs disques ou on nous les file parce qu'on les connaît.

Aujourd'hui, vous sentez-vous encore proches d'eux?

Plus ou moins. Proches par le délire, par la façon d'aborder la musique. Par le résultat, pas trop non. La Mano Negra réalise aussi une sorte de métissage, mais il est différent du nôtre.  Chez nous, c'est moins muselé, moins rock, plus flamenco, rumba, rythmes chaloupés, plus hispanisant, plus méditerranéen. La Mano, c'est plus anglo-saxon, malgré la présence des trompettes. La Mano ou les Négresses partagent pourtant un point commun : tenter de donner une version de la musique qu'on aime. C'est ça qui est important.

Il y a un aspect burlesque chez les Négresses. D'accord?

Je suis d'accord : il y a un côté Buster Keaton et un autre Charlie Chaplin. Triste, mais qui fait rire. On raconte des histoires tristes, pas rigolotes, proches de la vie. Mais observé par notre œil pétillant! Mieux vaut en parler, de toute façon.

Avez-vous l’impression que votre humour est typiquement français ?

Un humour plus francophone que franco-français. Il y a un humour, très jargon/argot, proche du langage parlé, c'est notre côté parisien. « Zobi la mouche » a beau être français, tout le monde comprend, même en Algérie, pas vraiment un pays francophone. Il suffit de trouver les mots pour communiquer avec les gens. Il ne sert à rien de faire des grandes phrases, quand on a trois mots qui sont bien sentis.

Tu peux imaginer que les Négresses continuent à tourner et à enregistrer des disques après l'an 2000 ?

J'espère bien. En l'an 2000, j'aurai 40 ans, je serai un homme mûr. Je ferai toujours de la musique, peut-être chez les Négresses ou tout seul. Je crois que la plupart d’entre nous enregistreront des albums en solo. Bien sûr on va tenter de préserver notre groupe le plus longtemps possible, parce que ce projet nous intéresse et est aussi ce qui nous fait vivre en premier lieu.

Tu évoques la possibilité d'enregistrer un disque en solo. Tu pourrais le réaliser en restant dans les Négresses ?

Je ne sais pas... Ce n'est pas mon seul projet : j'aimerais bien faire du cinéma, des musiques de films. Ca me plairait bien de tourner un film en compagnie des Négresses, où on soit les acteurs. Pourquoi les musiciens dans un coin et les cinéastes dans l'autre?

A ce propos, j'imagine que le tournage d'une vidéo doit donner des idées...

Bien sûr ! D’ailleurs on choisit les réalisateurs avec beaucoup de soin en fonction de ce qu’on a envie qu’ils nous apportent. Au départ, on a quand même une idée fort précise de ce que sera la vidéo. Comme on n’est pas trop cons et que les réalisateurs non plus, on arrive à faire exactement ce qu’on désire.

Vous ne vous sentez pas capables de le concrétiser vous-mêmes ?

On ne peut pas tout faire ! On imagine déjà le scenario, l’histoire. On ne peut pas être devant, derrière et au milieu. On fait déjà beaucoup : on produit nos vidéos, nos disques. Là, on va tourner une vidéo avec Nakano. On va lui expliquer ce qu’on veut : pas de décor, pas de figurants, faire des incrustations, etc. Ce qui ne l’empêchera pas de marquer le film de son empreinte : il a une vision ultramoderne de filmer. Ca cadre bien avec notre côté acoustique, pas rétro, bien que perçu comme tel par les gens. Moi, comme j'aime bien entendre des remix de nos chansons –parce que justement, ce sont nos chansons, mais retravaillées par d'autres– j'aime bien aussi qu'un réalisateur vienne apporter sa petite touche à la vidéo qu'on a élaborée.

Tu connais les vidéos de Madness ?

Oui j’aime bien Madness. On est fort proche de ce groupe, peut-être. Sans doute plus que des Pogues ! Les Pogues ont un côté folklo, comme nous. Mais les Négresses, c'est pas seulement folklo. Ce côté-là, il explose.

Tu as rencontré Shane MacGowan ?

Il est sympa, mais je te jure, il est explosé, ce mec-là. J'aimerais pas être comme lui. Il a 30 ou 35 ans. Il est déjà éclaté. Evidemment, il abuse…

C'est un peu le mythe du rock n' roll, non?

Des clichés qui font mal. La rock star qui boit, qui se défonce et j’en passe, c'est un mec qui meurt, enfin qui ne meurt pas, mais qui est très atteint, très malade. Si tu n'as pas la chance d'arriver à quarante balais, c'est assez dur, tu ne crois pas? Tout ça parce que tu chantes du rock… et que tu es fragile et soumis à la tentation! Shane a du mal à se délivrer du mal. Je crois qu’il y a des choses avec lesquelles il ne faut pas jouer : l'héro et tout ça. Je ne dis pas qu'on ne peut pas fumer un petit pétard, ça ne va pas tuer un homme, mais il faut faire attention.

Et l'alcool, jamais?

Si, un petit verre de whisky. Souvent avant de monter sur scène, pour se donner de l'entrain, du courage. Pourtant, je suis sûr que j'en ai pas besoin. Cela aide un peu à faire passer le trac. Mais je boirais pas au point d'être malade. Physiquement, c'est dur quand on est malade. Déjà quand on est en bonne santé, c'est difficile, alors quand on est malade, c'est l'horreur. Je veux bien être pauvre, mais pas malade

Comment réagirais-tu si un journal à sensations rédigeait des horreurs à ton sujet?

Il faudrait voir si ce sont des mensonges... Je crois que je réagirais conformément à la loi. Je leur ferais un procès, si j'estime que c’est justifié.

Vous regardez la télé?

Oui. Les émissions intéressantes, les films, les matches de foot. J’aimerais rencontrer des joueurs de foot qui ont mon âge. Mais qui vivent dans une atmosphère vraiment très différente de la mienne...

Vous vivez dans un pays où on parle beaucoup de Le Pen...

Il a été un peu calmé par le résultat des dernières élections. Il n'a eu qu'un siège sur 900...

Vous accordez davantage confiance à Bernard Tapie?

Ah oui.

Il y a le même côté démagogue chez les deux, non?

Je préfère la démagogie de Tapie à celle de Le Pen. Celle de Le Pen conduit à la guerre mondiale. Ce n'est pas ce dont j'ai envie. Bernard Tapie, c'est de la démagogie douce, ce n'est donc pas très dangereux.

(Article paru dans le n° 4 du magazine Mofo de juin 1992)

 





 
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