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Le goût de l’extrême…

Écrit par Bernard Dagnies - mercredi, 17 mars 2010
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Lonelady
17-03-2010

De son véritable nom Julie Campbell, Lonelady est une passionnée de new wave et de post punk. Pas étonnant lorsqu’on sait quelle est issue de Manchester. Et pourtant, ce n’est pas en fouillant dans les vieux vinyles de ses parents, qu’elle a acquis cette culture. Simplement, en s’intéressant à l’histoire de la musique de sa ville de naissance. Progressivement. A un tel point qu’actuellement, sa musique en est profondément imprégnée. Et « Nerve up », son premier elpee en est la plus belle illustration. Pourtant au cours de sa jeunesse, elle écoutait surtout la musique américaine des 90’s ; entre autres REM, Nirvana et Hole…

Julie confirme : « Effectivement. En fait, ce sont ces formations qui m’ont incité à acheter ma première guitare » Parmi ses influences américaines, elle cite encore Pylon ainsi qu’Emerald, Sapphire and Gold (NDR : dites ESG), deux combos américains qui ont marqué le début des eighties. Elle est un peu surprise de la formulation de la question, marque une pause, puis réagit : « Ah, c’est ce que signifiait le sigle ESG ? » Puis embraie : « Ces deux groupes pratiquaient une musique minimaliste, entrecoupée de longs silences, à l’instrumentation très parcimonieuse. Et on retrouve dans mes nouvelles chansons, ces formes de vide. Mais si la palette de sonorités était minimale, les compos étaient très énergiques et imprimées sur un rythme saccadé, funky ». Mais retraversons l’Atlantique pour revenir aux Iles Britanniques. Trois décennies plus tôt. Soit à une époque marquée par Throbbing Gristle, XTC, John Foxx, An Clark, Cure, The Smiths, Gang of Four, Joy Division et quelques autres. Et qui constituent quelque part une source d’inspiration majeure pour Julie : « Tous ces groupes et artistes ont eu une influence sur ma création. Mais il n’entre pas dans mon intention de me réapproprier leur musique. Cela n’aurait aucun sens. J’essaie de créer mon propre univers sonore, notamment en me servant de ma voix. Parfois les influences peuvent devenir un fardeau. Il faut savoir faire la part des choses. » Ecouter Joy Division est, en outre, une expérience quasi religieuse pour mon interlocutrice. Elle avoue : « Leur musique se détache de la vie quotidienne. Elle me fascine. Elle est intemporelle. Un peu comme si on figeait le temps à travers l’espace. Et il ne faut pas oublier d’y associer le producteur Martin Hannett, également responsable du son ». Vu sa fascination exercée pour les eighties, on pourrait facilement imaginer que l’artiste reprenne, de temps à autre, des morceaux composés par ses maîtres. La réponse fuse : « Non ! On a juste enregistré sur une flip side, la reprise d’un single très peu connu de The Fall. Et c’est vrai que dans le passé, on l’a jouée en ‘live’. Mais depuis, elle ne fait plus partie de mon répertoire, sur scène ». Vu le come-back de la new wave, illustré notamment par des formations comme Editors et Interpol, une question me brûlait les lèvres. Celle de ces fameux cycles dans l’histoire du rock’n roll. Elle argumente : (rires) « C’est une approche intéressante. Personnellement, je pense plutôt qu’il s’agit du fruit du hasard. C’est plutôt aléatoire que cyclique. D’ailleurs je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe sur la scène musicale contemporaine. Et puis, l’important c’est plutôt l’aspect tridimensionnel (NDR : la musique, la parole, l’interprétation) qui compte quand on revisite une époque. »

Le parcours musical de Lonelady a commencé en 2004, un itinéraire jalonné d’une poignée de singles. Qu’elle produisait elle-même. Elle a même aménagé un studio dans une ancienne filature. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle s’est forgé une solide expérience. Mais comment a-t-elle réussi à se faire signer par Warp ? Julie raconte : « L’histoire et un long processus. Au départ c’était du D.I.Y. ; puis en 2007, Jason (NDR : White) de Too Pure a agi comme catalyseur pour que je puisse franchir une étape. Il m’a permis de rencontrer Steve Beckett. Et puis de fil en aiguille, il s’est intéressé à ma musique, puis nous a signés ».

Julie estime que la plupart des critiques de disques et même de concerts sont rarement pertinents. Pourquoi donc ? « La manière de me poser cette question implique que tout est noir ou blanc. Personnellement, l’écriture est un acte privé, individuel. Et mon but n’est pas de faire l’objet d’un article dans un magazine. Or une majorité de journalistes essaie de tout traduire en mode et en courants. Ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse… » Parlons quand même un peu de ‘Nerve’, son premier opus. Et tout d’abord de cette compo baptisée ‘Army’, caractérisée par des riffs de guitare très effilés, comme chez Gang Of Four. Or, un des titres les plus notoires du band de Leeds s’intitule ‘I love a man in a uniform’. (Eclats de rires). C’est peut-être une coïncidence… « Et ça te fait rire ! J’adore ce groupe. Il véhiculait une énergie funkysante incroyable. Andy Gill est un guitariste génial. Et leur musique était à la fois brutale et fragmentée… » A contrario le morceau maître de l’elpee est beaucoup plus soul/funk disco. Davantage dans l’esprit de Madonna. Mais était-ce intentionnel ? « J’apprécie beaucoup Madonna. Elle est une de mes influences. Et sur cette compo, plus précisément, c’est vrai. En fait, mes prochaines adopteront un profil plus funky… »

Julie a déclaré beaucoup aimer la poésie et le cinéma extrêmes. Souhaiterait-elle mener une vie extrême ? Serait-elle blasée par la vie quotidienne ? (Eclats de rires…) Elle réplique : « Ca, c’est la meilleure question qui m’ait été posée aujourd’hui. Oui, j’éprouve le désir de ne pas mener une vie ordinaire. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis attirée par les idées extrêmes. Et je suis particulièrement fascinée par les films d’Ingmar Bergman ; et notamment par ‘7th Seal’ (NDR : le titre –en français ‘Le Septième Sceau’– provient d'une phrase de l'Apocalypse selon Saint Jean l'Évangéliste, chapitre 8 ; voir Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Septi%C3%A8me_Sceau». Dans le même esprit, sur la homepage de son site Web on peut lire ‘La brutalité a une place dans la pop. La férocité et le secret, également’. Ce qui méritait quand même un complément d’explications » Elle clarifie : « Il serait peut-être judicieux de demander des explications à Paul Morley. C’est un journaliste (NDR : plume brillante qui a longtemps sévi au New Musical Express), mais aussi un écrivain qui jouit d’une belle popularité aux Royaume-Uni. Au cours des dernières années, il a aussi composé pas mal de musique. C’est lui qui a rédigé ce texte sur le site. Je l’avais contacté pour qu’il consacre quelques lignes sur Lonelady, parce que j’aime bien la façon dont il formule ses impressions au sujet de la musique. Ce texte n’est pas linéaire, mais plutôt abstrait… »

Après avoir abordé tant de sujets sérieux (NDR : quoique), rien de tel que de terminer un entretien par une boutade… Mancunienne, Julie n’a pas son permis de conduire. Ni son drummer. Pas évident quand on doit se déplacer pour jouer en ‘live’. Or dernièrement, elle a engagé un claviériste, qui lui est détenteur du permis de conduire. Ce critère était sans doute indispensable avant qu’il ne soit engagé. Elle se défend : « Une manière très intéressante d’aborder le problème (rires). Le claviériste est autorisé à circuler en automobile sur la voie publique. Quelle belle coïncidence ! Vous savez j’habite au centre-ville. Je me déplace donc à pied. Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’apprendre à conduire. C’est vrai qu’il n’est pas évident de se produire en concert dans ces circonstances. Et avant qu’il ne rejoigne le band, on sollicitait un proche ou un ami pour nous véhiculer… »

Merci à Vincent Devos





 
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