Introspection électronique

Écrit par Nicolas Alsteen - samedi, 09 juin 2007
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Low
09-06-2007

Depuis le début des années nonante, un groupe s’obstine à caresser la beauté musicale dans le sens contraire du poil : Low, trois lettres qui modèlent une ascension. De bas en haut. Toujours. Et, une fois encore, la formation d’Alan Sparhawk évite le repos, les lauriers et tout autre considération, préférant se concentrer sur l’essentiel : sa musique. Fouiller les sons, remuer les technologies pour toucher à l’essence d’une vie nouvelle. Voilà, en substance, le programme de « Drums And Guns », le nouvel album des Américains. Profondément marqué par les incivilités d’un gouvernement belliqueux (à ce titre, on se penchera sur les paroles de l’introductif « Party People » : ‘All soldiers they’re all gonna die’), Low dépose armes et guitares. Désormais, la puissance incantatoire du groupe passera par des sonorités électroniques. Mais cela ne change pas la donne : délicate, austère et hypnotique. Ne craignons rien, jetons-nous à Low !

Alan, tu es originaire de Duluth, dans le Minnesota. Bob Dylan est également natif de cette ville. Considères-tu Duluth comme une bourgade propice au développement personnel des grands musiciens ?

Alan Sparhawk : C’est assez difficile à dire... Duluth se situe à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Il y fait très froid. Nous sommes à quelques pas des Grands Lacs. La vie de ce centre urbain est rythmée par les fermes, les usines métallurgiques, quelques magasins. En fait, en évoquant l’existence de ma ville à voix haute, je me rends compte qu’il s’agit d’un endroit très éclectique. Cependant, Bob Dylan n’a pas vraiment dû rencontrer l’essence même de Duluth. Au contraire, il devait s’y sentir aliéné dans sa jeunesse car, dès qu’il en a eu l’occasion, il a filé : à Minneapolis, d’abord et à New York, ensuite, où il est devenu célèbre. Il existe pourtant une atmosphère particulière qui se dégage de cet endroit. De là à dire que Duluth guide toute notre création artistique, il y a un pas que je ne franchirais pas. Mais il est indéniable que le froid, le vent, l’absence de soleil ont un impact sur notre vision des choses et de notre musique. Nous aimons vraiment cette ville.       

Tu es marié avec Mimi Parker, actrice phare de votre formation. Ton épouse t’accompagne donc sur la route. Est-ce difficile d’associer vos vies professionnelles et privées ? La musique fait-elle surgir des tensions au sein de votre couple ?

A.S. : Evidement. Déjà, à la base, faire partie d’un groupe de musiciens n’est pas une chose facile à gérer. Dans un même ordre d’idée, le mariage ne constitue pas qu’une partie de plaisir. Le fait de travailler ensemble sur un projet artistique peut entraîner quelques tensions. En même temps, travailler ensemble et partager ces instants nous procurent une indescriptible satisfaction. C’est une chance que de vieillir proche l’un de l’autre, d’avancer ensemble sur un projet, de le voir grandir. Mon mariage est une bénédiction, j’ai la chance d’avoir une femme formidable et une famille compréhensive. Il est vrai que certaines tensions peuvent surgir mais elles sont toujours bénéfiques. Nous n’avons pas cherché à établir une frontière délimitée entre notre vie professionnelle et privée. Ce serait bien trop difficile. Il faut laisser les choses se dérouler naturellement. Parfois, à la maison, nous sommes en train de jouer de la guitare et les enfants débarquent dans la pièce pour jouer. Généralement, on ne se pose pas de questions : nous allons jouer avec les enfants. A la maison, on ne s’impose aucune contrainte. On se contente de vivre les choses comme elles viennent. Il ne faut pas rendre la vie trop compliquée : elle l’est déjà pas mal comme ça !

En Europe, votre précédent album (« The Great Destroyer ») était signé sur le label anglais ‘Rough Trade’. Cette fois, on vous retrouve sous l’égide du célèbre label « Sub Pop ». Comment s’explique ce changement de crémerie ?

A.S. : En fait, aux Etats-Unis, nous sommes signés sur le label Sub Pop depuis des années. Le patron du label est fan de notre musique. En Europe, « The Great Distroyer » était distribué par le label anglais Rough Trade. Je n’ai rien contre Rough Trade. Pas de ressentiment en vue, donc. Simplement, il était temps de partir. Les gens qui avaient travaillé pour nous chez Rough Trade ont emprunté d’autres chemins. On les adorait vraiment. Dès lors, on ne se sentait plus comme à la maison. Ce n’était plus les mêmes personnes. Et, chez Low, nous accordons beaucoup d’importance à la notion de stabilité dans le travail. C’est la principale raison pour laquelle nous sommes passés chez Sub Pop pour la gestion internationale de notre album.

Lors de votre dernière tournée, vous aviez déjà joué quelques morceaux de “Drums and Guns”. Quand avez-vous composé les chansons de ce nouvel opus ? 

A.S. : Certaines chansons du nouveau cd ont été écrites à l’époque de « The Great Distroyer ». Nous avons pris le temps de retravailler ces morceaux, de les reconsidérer. Quand nous sommes entrés en studio pour le précédent, nous disposions d’un stock d’une vingtaine de chansons. Cependant, certaines d’entre elles présentaient un côté inachevé. Il fallait donc les laisser mûrir. Elles possédaient un indéniable potentiel. Mais il fallait pouvoir l’utiliser à bon escient. D’ailleurs, musicalement parlant, il existe une distinction entre « The Great Destroyer » et « Drums and Guns ». Pour le précédent, nous avons tout enregistré comme si nous étions en concert. C’était très brut, très élémentaire : guitare, basse, batterie. Cette fois, nous recherchions de nouvelles sonorités. Nous avons donc abandonné la tradition pour mieux explorer les sons. Pour « Drums and Guns », la première étape s’est concentrée sur l’élaboration des morceaux. Les voix sont ensuite venues s’ajouter. C’est la première fois que nous expérimentons à ce point. Certaines personnes trouveront que ce disque est trop électronique. Mais, en fait, « Drums and Guns » est peut-être notre œuvre la plus artisanale ! On ne s’est jamais imposé le biais des musiques électroniques. Ces sonorités se sont imposées lors du travail sur les morceaux. Rien n’était prémédité ! J’espère simplement qu’en écoutant ce nouvel album, les gens percevront l’évolution sonore recherchée ces deux dernières années.

Vous avez confié la production à Dave Fridmann. Dans quelle mesure sa personnalité ressort-elle de « Drums and Guns » ?

A.S. : Lors des sessions d’enregistrement, Dave a été notre plus proche confident. Parfois, on se disait : Oh lala, c’est une véritable catastrophe !  Et Dave nous soutenait le contraire. Il a vraiment essayé d’explorer nos idées les plus folles. Nous étions un peu comme des enfants découvrant de nouveaux jouets. Il n’a pas arrêté de nous encourager. Parfois, on ne comprenait plus rien et lui, dans un élan magistral, il survenait : On va prendre ces deux sons-là et cette voix : voilà la chanson !  Pour mener à bien ce nouveau projet, nous avions besoin d’une personne talentueuse, calme, capable de reconstituer des fragments sonores pour en délivrer une chanson. Dave était parfait dans ce rôle. Il était un peu comme un professeur à notre égard.





 
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