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Écrit par Bernard Dagnies - lundi, 29 septembre 2008
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Mercury Rev
29-09-2008

Ce 29 septembre paraîtront donc deux albums de Mercury Rev. Le premier, « Snowflake Midnight », sous une forme matérielle, et le second, « The Strange Attractor », uniquement téléchargeable via leur site. Ce qui demandait évidemment quelques explications. Mais la surprise procède du style musical proposé par le groupe sur ces deux œuvres. Une conclusion née de l’écoute de leur ‘advanced cd’. En fait, la formation a décidé de se frotter à la musique électronique. Une démarche comparable à celle de Radiohead pour « Kid A » et « Amnesiac », même si manifestement la perspective est différente. Un tremplin idéal pour entamer un entretien en compagnie du guitariste Grasshopper et du drummer/claviériste Jeff Mercel.

Et justement, pourquoi s’être plongé dans la musique électronique. Grasshopper argumente : « C’est un peu les circonstances qui nous ont poussé à s’y intéresser. Et puis c’est dans l’air du temps. En fait, on avait déjà exploré ce style auparavant. En utilisant des synthétiseurs moog. On a donc cherché à créer. On a expérimenté l’électronique sous son aspect le pus large possible. Grâce aux programmes informatiques, on peut construire des sonorités à la manière d’un designer. On peut inventer des sons. Et c’est un domaine qui nous a toujours intéressés. C’est en quelque sorte notre révolution électronique et je ne peux en dire plus. » Pourtant, aujourd’hui, il devient de plus en plus difficiles de concevoir de nouvelle sonorités dans ce type musical ; parce que c’est plutôt la technologie qui crée les nouvelles tonalités qu’une réelle recherche. Il faut donc croire qu’ils ont utilisé des logiciels de pointe : « On a essayé des tas de choses neuves. Beaucoup de softwares de la nouvelle génération. Et en particulier des générateurs de notes aléatoires. Tu introduis les paramètres dans l’ordinateur et le programme va concevoir la mélodie. Il vous appartient ensuite de l’interpréter. En quelque sorte, il est exact que nous avons laissé la technologie dicter notre démarche. Mais on a toujours pris le soin d’en garder le contrôle… » Etonnante réponse, puisqu’après avoir écouté ‘Snowflake Midnight’, j’ai eu la nette impression qu’ils s’étaient imprégnés des eighties. De l’indus et de l’ambient, notamment. Puisant apparemment leurs sources chez Tangerine Dream, Depeche mode circa ‘Violator’, Ryuichi Sakamoto, Boards of Canada et surtout John Foxx. C’est toujours Jeff qui tient le crachoir : « On ne peut pas ignorer les influences. Nous écoutons de la musique comme tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un endroit isolé du monde, qu’on est hermétiques aux influences externes ; surtout quand ce qu’on écoute est pertinent. Notre isolement nous permet simplement d’avoir une manière très personnelle de travailler. Mais si certains de nos morceaux concèdent des influences, il n’était pas dans nos intentions de jouer comme tel ou tel groupe. Comme Tangerine Dream, par exemple. Nous considérons ces sources comme un cadre de référence et notre imagination joue le rôle de filtre. » Mais comment comptent-ils reproduire ce type de musique en ‘live’. Avec de vrais instruments ? Jeff poursuit : « Il y aura aussi des guitares, de la basse et bien sûr des synthés. Ce sera une combinaison des deux. En y ajoutant, bien sûr des effets visuels… »

Mais pourquoi sortir deux albums le même jour ? Jeff s’explique : « Nous disposions d’énormément de compos. On a beaucoup bossé pour disposer d’un large répertoire. Mais au moment de faire des choix, on s’est rendu compte qu’il serait dommage d’écarter une telle somme de travail. Surtout aussi valable. Aussi, on a donc imaginé cette formule pour satisfaire le plus possible le public. En fait, ce n’est pas la première fois que nous avons recours à cette formule. Mais précédemment, nous nous limitions à un ou deux morceaux. Donc il suffira de vous rendre sur notre site le jour de la sortie de l’album et vous pourrez télécharger ‘The Strange Attractor’. » La pochette de ce dernier est illustrée par un chat qui se reflète dans un miroir et celle de ‘Snowflake Midnight’ par un lapin noir. Des animaux qui éveillent inévitablement une sensation de tendresse, de quiétude…. Jeff précise : « En fait, le lapin est très sombre. Tout le monde imagine être en présence d’un animal doux, mignon, etc. Mais ce n’est pas le cas ici. Pas qu’il soit sinistre, mais il est plutôt mystérieux. Et cet aspect me plaît bien. Quand au chat, il est reflété dans le miroir, à l’infini… » Grasshopper ajoute : « Le chat et le lapin sont des créatures assez étranges. Pourtant ils font partie du décor. De notre entourage. Ce qui ne les empêche pas de manifester des attitudes singulières. Pour nous, ils symbolisent le passage vers un autre monde. Notre musique objective ou subjectivise ce voyage. Ce sont des symboles inconscients… » Mais ce chat reflété dans le miroir, qui reflète ce chat dans le miroir, etc., n’est-ce pas la vision de l’infini ? Grashopper confesse : « Je ne sais pas, mais je pense que oui. On essaie de saisir le dernier, mais on n’y arrive jamais. Quand on imagine parvenir au but, ce n’est qu’une illusion. » Jeff ajoute : « Il y a ici une allusion. Une chanson dans la chanson va se répéter. Mais pas de la manière attendue, car il y aura toujours une fraction qui sera différente… » Une symbolique du miroir qu’on retrouve dans le film de Jean Cocteau, ‘Orphée’. Grassphopper clarifie : « Plutôt chez le poète de la beat generation, William S. Burroughs… »

Ce qui permet de passer à un autre chapitre : les compositions de Mercury Rev. Et tout d’abord les lyrics. Un domaine au sein duquel, on retrouve de plus en plus de métaphores relatives à la nature. Mais est-ce uniquement pour donner une face plus poétique aux compos ou simplement parce que la nature est devenue leur nouveau credo ? Il faut savoir que Sean et Jonathan (Donahue, le chanteur) vivent aujourd’hui dans les montagnes de Castkill, au nord de New-York. On suppose donc que cet environnement doit influer sur l’imagerie des chansons. Grassphopper admet : « Oui, le fait de vivre là-bas insinue l’environnement dans les paroles. Mais j’ai tendance à y devenir de plus en plus claustrophobe. Cependant, si dans nos chansons, vous décryptez le thème de la nature, il y a également celui de la technologie. En fait, nous essayons de les lier intimement. » Des chansons qu’on pourrait décrire comme des contes de fées surréalistes destinés à célébrer l’irrationnel. Une réflexion qui déclenche de grands éclats de rires. Jeff confirme : « Tu as tout dit ! » Tout comme Grasshopper : « Pas grand-chose à ajouter ! » Jeff confie : « Lorsque nous sommes allés en Espagne, l’année dernière, nous avons visité le musée consacré à Salvatore Dali. Et nous avons été impressionnés… » Finalement, hormis William S. Burroughs, les auteurs n’influencent les textes de Mercury Rev, que très indirectement. Grasshopper commente : « La beat generation est une référence incontestable. On utilise ainsi l’inconscient. Ce qui est aussi une manière surréaliste de travailler. Plus les événements deviennent chaotiques, plus l’esprit tente de s’y engager, y est sensibilisé… » Ce qui explique sans doute pourquoi Mercury Rev vit aujourd’hui dans sa propre petite bulle… Grasshopper réagit : « Mercury Rev n’existe pas du tout… » (rires) Jeff en remet une couche : « Est-ce que quelque chose existe ? Tu sais ce que font deux bulles quand elles se rencontrent ? Soit elles éclatent, soit elles fusionnent. » Grasshopper embraie : « Oui, il existe une petite bulle au sein de laquelle nous créons. Mais on a bien souvent fait aussi éclater cette bulle. Une bulle peut ainsi devenir dix bulles… » Sans doute une allusion à une de leurs déclarations qui n’était pas passée inaperçue. Et pour cause, ils avaient avoué que les accidents heureux rendaient les événements plus humains et favorisaient la découverte… Jeff s’explique : « Si vous connaissez d’avance ce qui va se passer en studio avant d’y entrer, vous allez vous y ennuyer mortellement. Vous avez parfois besoin de frictions, de vous engueuler. D’échecs aussi. Cela appartient au processus de création. Peut-être que si le résultat n’est pas concluant, il faudra retenir l’expérience acquise, qui elle aura un impact positif. Et puis on a rencontre régulièrement des incidents en studio, car la technologie n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes. » L’origine de la création et le Big Bang sont apparemment des sujets qui fascinent les musiciens de Mercury Rev. En fait, c’est ce qu’on croit comprendre lorsqu’on voit les projections visuelles utilisées pendant les concerts. Est-ce la raison pour laquelle, ils pensent qu’il est possible d’organiser le chaos ? Grasshopper réagit : « Ce n’est pas nous qui organisons le chaos, dans la mesure où le chaos est déjà organisé. Le chaos se situe à un autre niveau. Ce que vous pensez être un système chaotique respecte un ordre. Epouse des structures ». Jeff embraie : « Et pour voir cette structure chaotique émerger, il faudrait avoir un grand angle de vision qui dépasse l’échelle humaine. »   

Dans la musique de Mercury Rev, il y a quelque chose de symphonique. Une majesté, un sentiment de grandeur, susceptible de provoquer une élévation de l’âme. Jeff répond : « Je ne nie pas les influences symphoniques. Car nous écoutons des tas de styles musicaux. Depuis le rock’n roll à la musique de chambre. Dans celle que nous jouons actuellement, nous ne pouvons pas exclure ces références. Pas que nous soyons férus en la matière. Mais nous écoutons tous de la musique classique. En fait, on essaie de repérer dans ce genre musical ce qu’on pourrait utiliser pour notre création. » Ce qui devrait dès lors permettre au groupe de jouer en compagnie d’un orchestre symphonique ? Jeff réagit : « Nous avons tenté l’expérience à plusieurs reprises en Belgique. En fait l’idée est excellente, mais au lieu de la développer à l’aide d’un orchestre symphonique, je préfèrerai la limiter à la musique de chambre. Toujours dans le but de combiner les éléments naturels et l’électronique. Juxtaposer les deux. La plupart du temps, dans ce type d’expérience, les groupes sont soutenus par une armée de violonistes. Mais nous on préfère être prudents. Ne pas être trop présomptueux. Car il faut que le résultat de cette combinaison soit réussi » La formation a d’ailleurs travaillé sur un projet de musique de chambre imaginé par James Joyce. Trente-six musiciens y ont participé. Mais qu’est-il devenu ? Grasshopper répond : « Ca date de longtemps. Au moins cinq ans. Mais c’est vrai qu’il doit bientôt sortir » Jeff embraie : « Le retard est consécutif à des problèmes de droits d’auteur » Et Grasshopper d’avouer : « Je ne me souviens plus des artistes qui avaient collaboré au projet. C’est loin ! Mais on aime bien James Joyce… »

Les Flaming Lips et Mercury Rev bossent en compagnie du même producteur, Dave Fridmann. Mais partagent-ils la même vision de la musique ? Jeff répond : « D’une certaine manière. Nous avons une approche aventureuse de la musique comme eux. Mais leur style est personnel. Ils ont leurs propres règles. Ils ont le besoin de créer des choses excitantes. Parfois risquées. Ce n’est pas que notre musique ressemble à la leur, mais c’est surtout notre philosophie qui est semblable. » Mais ont-il encore des contacts avec Wayne ? Grasshopper répond « Occasionnellement. » Jeff précise : « On se croise plutôt. Et on s’envoie de temps autre des petits messages. » Grassphopper confirme : « Ce n’est pas que nous le voyons. C’est lui qui nous voit… » Dans le même ordre d’idées, ont-ils encore des contacts avec l’ancienne flûtiste Suzanne Thorpe et l’ex-chanteur David Barker. Grashopper répond : « Suzanne Thorpe a émigré sur la côte Ouest des Etats-Unis. Son travail est encore plus expérimental que le nôtre. Elle joue de la musique vraiment avant-gardiste. Pour l’instant elle bosse en compagnie de Pauline Oliveros. David Barker s’est établi à Chicago. Il est toujours impliqué dans le monde de la musique, mais plus comme musicien. Il est producteur et ingénieur du son. »

Merci à Vincent Devos

En concert le 24 novembre à L’Ancienne Belgique de Bruxelles.





 
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