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La nature abstraite du bruit pur.

Écrit par Jérémy & Bernard Dagnies - lundi, 31 août 1998
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Mogwai
31-08-1998
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Compositeur/guitariste, mais surtout leader de Mogwai, Stuart Braithwaite parle peu. Mais lorsqu'il s'exprime, il le fait à bon escient, et avec beaucoup de bon sens. On comprend alors beaucoup mieux, pourquoi, les chansons de ce groupe écossais, de Glasgow très exactement, soient exsangues de vocaux. Pourtant, elles ne manquent ni d'attrait ni d'intérêt ; mais on a l'impression qu'elles ne savent pas toujours sur quel pied danser. Celui de la simplicité ou de la complexité…

En termes de " noisy ", des formations telles que Slint, Sonic Youth, My Bloody Valentine et Spacemen 3 ont-elles eu une influence majeure sur la musique de Mogwai ?

Nous apprécions ces groupes à leur juste valeur, mais notre principale inspiration " noise ", nous la puisons chez une formation de Philadelphie, Bardo Pond.

En peignant, à l'instar de Labradford, des paysages musicaux atmosphériques, peut-on dire que Mogwai émarge à l'école impressionniste? Avez-vous le sentiment d'avoir récupéré une partie de l'héritage abandonné par Joy Division ?

Impressionniste, oui. Mais surtout pointilliste. Un peu comme Schoenberg (NDR : compositeur américain d'origine autrichienne ; 1874-1951). De la même manière qu'un peintre cherche à traduire ses idées sur sa toile… Joy Division, constitue, à mes yeux, le meilleur groupe qui soit né au cours de ce siècle. C'est une source d'inspiration, je le concède. Et puis, être comparé à cette légende, est un véritable honneur. Cependant, je pense qu'on a encore du pain sur la planche avant de pouvoir espérer atteindre leur niveau…

Tu aimes la nature abstraite du bruit pur. Pour toi, l'explosion du bruit blanc t'apporte un état mental paisible. Pourquoi ?

C'est difficile à expliquer. Sonic Boom y parvenait. En reproduisant le bruit ultime, celui qui apporte la paix de l'âme. Pourtant, si la noise embrasse toutes les fréquences possibles et imaginables, elle a intérêt à atteindre un niveau transsonique, sans quoi, c'est de la merde…

En adoptant un tel style musical, n'as-tu pas peur d'être un jour taxé de revivaliste shoegazer ?

Pas vraiment, parce que les " shoegazers " appartiennent au mouvement pop. Nos sonorités sont beaucoup mieux définies, même si à premier abord, elles s'en rapprochent. Ce que nous interprétons, n'est pas vraiment de la pop, mais plutôt de la musique à l'état pur. En outre, à contrario des ensembles " shoegazzers, nous n'avons pas recours aux pédales de distorsion, telles que wah wah ou autres…

Penses-tu que dans la musique, la violence peur être esthétique et énergétique en même temps ?

Par définition, je suis une personne non violente. Mais il est vrai que la musique de My Bloody Valentine peut libérer une violence extrême. Un état d'esprit qui s'inspire de films comme " Rollerball " ou " Orange mécanique ". Bien qu'appréciant également ce type de long métrage, nous sommes conscients qu'ils ne sont pas réalistes…

Il existe très peu de place pour les parties vocales chez Mogwai. Est-ce parce que tu n'en vois pas la nécessité, ou tout simplement parce que tu n'as jamais déniché un chanteur à ton goût. A moins encore, qu'à l'instar de Tortoise, tu n'aies décidé de remplacer cette fonction par un xylophone ?…

En général, la musique n'a pas besoin de paroles. Elle se suffit à elle-même. Il n'est pas nécessaire d'ajouter des mots sur notre création. En fait, je pense que les parties vocales ont une fonction de remplissage mélodique. Parce que les mélodies sont plaquées sur les accords. Chez Mogwai, nous jouons la mélodie. C'est beaucoup mieux ainsi. Quant au xylophone, il a un meilleur son chez Tortoise, parce que c'est un " glockenspiel "…

Que représente la krautrock de Can et de Faust pour Mogwai ?

Un mouvement intéressant, mais qui ne nous obnubile pas particulièrement. Les rythmes répétitifs, hypnotiques de Can et de Neu ont inspiré Spacemen 3, et puis tous les autres. Nous aussi. Mais, nous ne sommes pas du tout obsédés par le krautrock…

Et les Chemical Brothers, auxquels une certaine presse vous prête une même perspective de la dynamique, une même capacité de libérer la tension optimale ?

Je n'aime pas trop les Chemical Brothers. Tout ce qu'ils arrivent à faire, c'est de la musique disco pour étudiants. Elle est trop fonctionnelle à mon goût pour vraiment m'intéresser. Ils sont certainement dynamiques, mais je déteste cette tendance " backbeat " ou " techno ". Je préfère la démarche entreprise par des formations comme Autechre, Aphex Twin ou Plastic Man…

Et la prog rock de King Crimson ? Circa " Lark's tongue in aspic ", pour être plus précis ?

Non, pas vraiment, Robert Fripp est un excellent guitariste ; mais hormis ses collaborations avec David Bowie et Brian Eno, je ne connais pas très bien l'œuvre de King Crimson…

Qui a eu l'idée de sortir l'album de remixes, " Kicking a dead pig " ?

Au départ, c'était une idée de la firme de disques. Mais comme nous avons eu la liberté de choisir ceux qui étaient intéressés par cet exercice de style, on peut dire que c'est également la nôtre… Je ne pense pas que ce soit un album incontournable, mais il donne une idée différente de notre création. Nous ne voulions pas de version house ou techno, mais plutôt une approche plus personnelle de la matière première. Et le résultat est parfois fort bon, comme celui opéré par Kevin Shields…

Que représentent les Gremlins pour Mogwai ?

Nous avons, en quelque sorte, volé l'idée du film pour choisir le nom du groupe, mais ce n'est pas notre film préféré. En fait, le nom sonnait bien, c'est tout. Nous sommes davantage attirés par des films de science fiction, de la trempe de " 2001 odyssée de l'espace " ; ils correspondent davantage à notre état d'esprit…

Merci à Vincent Devos

Version originale de l'interview parue dans le n° 68 (novembre 98) du magazine MOFO

 





 
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