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Un homme, une femme et un sampleur

Écrit par Didier Stiers - mercredi, 30 septembre 1998
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Moloko
30-09-1998

Quand ils répondent ensemble aux interviews, Mark Brydon (le garçon) et Roisin Murphy (la fille) donnent l'impression de deux gosses occupés de se chamailler. Le premier semble peser ses mots et développe ses idées avec pondération, tandis que la seconde le reprend constamment, comme si elle craignait qu'on prête moins d'attention à sa version des événements. La différence d'âge, peut-être... Quoi qu'il en soit, le deuxième album du duo reflète cette même envie d'aller plus loin dans les directions (musicales) choisies.

Mark : Il est vrai que notre premier album était très léger. Disons: ‘insouciant’. Quand nous avons commencé à travailler sur « I Am Not A Doctor », nous n'étions déjà plus dans le même état d'esprit.
Roisin :
J'avais vingt ans quand « Do You Like My Tight T-Shirt » est sorti. On peut y retrouver tout ce que nous avions en tête depuis des années. C'est un peu comme si tu avais laissé entrer un gosse dans un magasin de jouets pour qu'il se serve. Depuis, nous avons beaucoup tourné, rencontré du monde et nous nous connaissons forcément mieux. Nous nous sommes rendu compte que si la musique était notre obsession, nous étions d'accord sur beaucoup de points. Mark est revenu à cette avant-garde, à cette fusion qu'il écoutait dans les années 80. Moi, j'étais moins dans ce trip, mais j'ai beaucoup appris, sur la musique, la musicalité, je suis devenue plus critique. Ce qui explique pourquoi nous avons pu travailler sur ce second disque, sans que des divergences ne nous bloquent en cours de route.

Ne restez pas coincés!

Considérez-vous ce second elpee comme un disque plus sérieux?

M. : Nous l'avons en tout cas travaillé plus sérieusement, de manière réfléchie pour qu’il puisse mieux atteindre sa maturité. Mais l'humour est toujours présent ; peut-être un rien plus noir, néanmoins. Ce disque est peut-être aussi plus parano, dans le sens où il nous a cette fois confrontés à nous-mêmes.
R. :
Au fur et à mesure, nous nous sommes d'ailleurs pris au jeu en nous disant: ‘Mais oui, pourquoi ne pas être un peu parano?’.

Ce qui frappe aussi sur cet opus, c'est son éclectisme musical...

R. : Nous ne sommes pas obsédés par la house, ni particulièrement fans de techno... C'est difficile de nous coller une étiquette. De toute façon, ceux qui prétendent faire un truc pur racontent des conneries. A la limite pourrions-nous nous rapprocher d'un peu plus de pureté, tant sur le plan de la musique que sur celui des mots. Mais il reste que les gens ont parfois du mal à comprendre notre musique.
M. :
Comme nous, d'ailleurs...

A propos d'étiquette, la presse en avait vite collée une sur votre premier long playing, non?

M. : Au départ, c'est vrai, les gens ont parlé de trip hop, c'est le terme qui avait été utilisé. Alors, forcément, c'était les deux ou trois mêmes références qui revenaient sans cesse : Portishead, Massive Attack... A part le fait que nous étions un type, une fille et que les samplers nous avaient permis de réaliser pas mal de choses, la comparaison, à mon avis, s'arrêtait là. S'il faut parler de références, j'irais plutôt les chercher dans les années 80, du côté des B-52's, des Talking Heads ou même de Grace Jones. Et encore, ce serait bien plus sur le plan de la mentalité que de la musique
R. :
Le public a parfois du mal à voir d'autres influences que celles qui sont strictement musicales. Sans parler de toutes celles que tu subis inconsciemment, quand tu sors en boîte par exemple, et que tu entends des tas de disques dont tu ne connais ni le titre ni l'auteur...

Quelle est alors, votre mentalité ?

M. : Jouer avec le feu! Expérimenter l’univers de la pop, par exemple. C'est dangereux. Beaucoup pensent en effet que la pop est sans contenu. Vas donc leur expliquer que tu expérimentes avec du vide, ils ne te prendront jamais au sérieux. Or, la pop peut être le champ d'investigation le plus intéressant qui soit. Et les choses y sont encore plus belles quand elles y naissent par accident.
R. :
Et en même temps, nous ne voulons pas en rester à ce stade. Il faut à la fois continuer à expérimenter, mais aussi t’engager intelligemment dans une certaine direction. Rester à expérimenter constamment est trop simple à nos yeux.

(Article paru dans le n° 66 de septembre 1998 du magazine Mofo)

 





 
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