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L’origine de Morcheeba : une intervention divine

Écrit par Geoffroy Klompkes - mardi, 30 juillet 1996
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Morcheeba
31-07-1996

Dans la veine intarissable qu'on appelle, faute de mieux, trip hop, les nouveaux venus britanniques de Morcheeba ont impressionné leur monde. Leur album, « Who Can You Trust? » est une petite merveille de soul mélancolique qui caresse voluptueusement les tympans. Les trois (très) jeunes membres du groupe, hyper sympas et drôles, sont passés par Bruxelles pour assurer la promotion de leur coup d'essai.

Paul Godfrey : Nous sommes des gens simples. On ne fricote pas avec d'autres groupes, on ne passe pas notre temps dans un milieu artistique pour y rencontrer des acteurs ou des poètes. On va au pub boire des verres et on rentre à la maison regarder la télé.

Vous acceptez qu'on qualifie votre musique de ‘soul’

Ross Godfrey : La soul est une influence incontestable. Marvin Gaye, en particulier. Il a enregistré un album en Belgique, « Sexual Healing ». C’était celui de son come-back ; alors nous sommes très contents d'être ici.
PG : Nos parents écoutaient la soul d'Atlantic, Motown, du blues et du RNB. Aujourd’hui, on qualifie de ‘rhythm 'n 'blues’, cette forme de swing américain incarnée par Boyzone. Mais pour moi, ce n'est pas ça, c'est Chuck Berry...
RG : La soul music contemporaine n’a plus d'âme (soul). La vraie soul, c'était Stax, Atlantic et Motown.
PG : C'est très difficile de garder à l'esprit une définition précise d'un style de musique, parce qu’il évolue au fil du temps. On a appelé la house, ‘garage’, alors que, perso, le garage est un mouvement né au cours des 60’s qui a donné naissance à des groupes très rock 'n roll comme les Yardbirds. On colle à présent cette étiquette sur de l'acid house ; c'est bizarre.

Massive et Portishead

Pourquoi la meilleure soul émane-t-elle pour l’instant d'Angleterre? Parce que contrairement aux Américains, vous n'êtes pas prisonniers du respect des aînés?

RG : Exactement. On ne respecte rien, on fait ce qu'on veut. C'est aussi pour cette raison que le punk est né en Angleterre.
PG : En Angleterre, un jeune peut acheter un album d'Oasis, puis se rendre le week-end dans une rave et danser toute la nuit sur de la techno. Les Anglais se foutent de ce qu'ils écoutent du moment que ça leur plaît. Aux Etats-Unis, quelqu'un branché sur le hip hop n'écoutera pas du rock. Là-bas, les musiciens jouent du rock, du blues ou de la soul, mais ne s'éloignent pas de leur ligne de conduite. Encore que ça commence à changer un peu. Avant, il y avait le rock et le heavy metal; depuis le grunge, la limite est plus floue entre les deux. En tout cas, on ne veut pas qu'on nous colle une étiquette: nous sommes à la fois soul, reggae, blues, hip hop, country...

Qu'a représenté pour vous le « Blue Lines » de Massive Attack?

PG : Ce qui a marqué, sur cet album, c'est que jusque là, personne n’imaginait qu’il était possible de chanter sur du hip hop. Massive a vraiment ouvert une porte. Cela dit, « Blue Lines » n'était pas assez basé sur les chansons, à mon goût. Quand l'album de Portishead est sorti, une seule voix se réservait le chant ! Enfin, un vrai groupe innovait. Portishead, ce sont des amis.

Au début, aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez créer ?

Skye Edwards : Je voulais chanter avant tout. Et devenir une star (rire général).
PG : Ne te contente pas de devenir une star ; on va faire de toi un ciel (jeu de mots sur star/étoile et ciel/sky).
RG : A l'origine de Morcheeba, il y a une intervention divine. Un grand éclair de lumière.
SE : Un éclair bleu.
PG : Plus sérieusement, j'ai toujours voulu faire de la musique et en vivre.

David Byrne craque

Un quatuor à cordes a participé aux sessions d’enregistrement de votre Cd. Explication?

PG : J'ai travaillé comme ingénieur du son pendant 5 ans dans des studios d'enregistrement ; ce qui m'a permis de voir pas mal d'instruments utilisés de manière très différente. J'ai ainsi assisté à des sessions de folk, de musique classique, de blues, de rock et de hip hop. Et je me suis souvenu de ce que j'aimais dans chacun de ces styles. Voilà.

Vous avez été surpris du résultat?

PG : Nous avons passé de longues heures à bavarder en compagnie du coproducteur. Et aussi à se saouler. Il a bâti notre studio et s'occupe de son entretien. Quand on a enregistré notre première démo, « Trigger Hippie », tout le monde a immédiatement été impressionné. Pourtant, à la fin des sessions, on s'est assis, un peu abasourdis, en se demandant si on aimait ou si on détestait ce qu'on venait de faire! Nous-mêmes, nous n'y comprenions rien ; alors on se demandait comment quelqu'un d'autre allait pouvoir y entrer. On ne comprendra jamais ce qui s'est produit.

La réaction unanimement enthousiaste a dû vous surprendre, alors?

 RG : Oui et non. On savait que notre musique était bonne. Mais on ne s'attendait pas à ce qu'autant de gens y adhèrent. Une très agréable surprise pour nous mais surtout pour notre maison de disques (rires).
PG : Parmi nos fans figurent nos meilleurs amis, et... David Byrne. Il a écouté notre musique par l'intermédiaire de Warner, aux Etats-Unis. Il était tellement impressionné qu'il voudrait qu'on coproduise son nouvel album. On doit le rencontrer. Pas mal, hein? Ca encourage, que quelqu'un qui a survécu dans le monde de la musique pendant 20 ans puisse encore dire de nouveaux venus: ‘C'est excellent et je veux travailler avec eux’. Hormis David Byrne on ne va pas multiplier les collaborations (production, coécriture) pour se concentrer sur notre propre musique. Il y aura quelques remixes, mais c'est tout.

(Article paru dans le n°45 de juillet/août 1996 du magazine Mofo)





 
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