Les Nuits Plasma 2017 : la programmation (update 23/10/2017)

L’édition 2017 des Nuits Plasma se déroulera ...Lire la suite...

Un box pour Alan Parson Project

Dans le cadre du 35ème anniversaire du chef ...Lire la suite...

Même les avocats et les chefs d’entreprises écoutent du rock…

Écrit par Bernard Dobbeleer - vendredi, 22 novembre 1991
Image
Nirvana
23-11-1991

Le succès actuel de Nirvana est-il un phénomène inexplicable ou est-ce, au contraire, le signe qu'une révolution est en marche dans le monde du Rock n' Roll? Pour salutaire que soit l'arrivée d'un groupe aussi viscéralement underground au sommet des charts mondiaux (« Smells like teen spirit », n°1 en Belgique : on n'avait jamais vu ça !), on ne peut quand même que s'interroger sur les causes de cet engouement sans précédent. Qu'une musique que l'on passe son temps à défendre sans réel espoir de la voir faire le ‘cross over’ se retrouve popularisée à ce point a de quoi surprendre.

Si Geffen, le label américain du groupe, qui ne pensait pas faire une si bonne affaire en rachetant leur contrat à Sub Pop, se frotte les mains à l'heure actuelle, une seule chose est sûre, tout le monde se perd en conjectures. Du journaliste rock moyen au programmateur radio, en passant par le groupe lui-même. Inutile d'ailleurs d'essayer de leur demander ce qui se passe, ils tentent de gérer ce qui leur arrive. En pleine tournée européenne, ils se sont retrouvés n° 1 aux States. Sur les genoux, les cordes vocales en sang, Kurt Cobain et ses acolytes vont devoir affronter une véritable Nirvanamania à leur retour au pays. Nous avons rencontré Kurt, le chanteur, guitariste et principal compositeur du groupe en novembre dernier. Quelques heures avant le concert/foire aux bestiaux accordé à Gand dans un Vooruit archicomble. Visiblement crevé, il passait le plus clair de son temps à se terrer dans un coin, évitant soigneusement les journalistes, laissant à ses deux collègues le soin de répondre brièvement à leurs questions. Plus chanceux que d'autres, nous parviendrons finalement à le coincer quelques minutes. Fatigué, grelottant dans un vieux pull troué, il n'a pas le profil d'un homme qui se retrouve soudain célèbre et millionnaire en dollars...

Je n'ai jamais considéré qu'accorder des interviews était particulièrement amusant ou fascinant. On s’y plie uniquement pour satisfaire la firme de disques parce qu'on a promis qu'on le ferait. On a accepté d'entrer dans ce business de merde et on joue le jeu. Mais dès que cette tournée sera terminée, on ne donnera plus d'interviews ; du moins on sélectionnera drastiquement. On choisira des fanzines ou des magazines spécialisés.

Ne considérez-vous pas qu'il est aussi important pour ceux qui aiment le groupe de pouvoir lire une interview de vous, de savoir qui vous êtes ? Vous estimez peut-être que la musique se suffit à elle-même...

C’est plus que suffisant. Je pense que notre musique possède assez d’émotion et de signification pour toucher les gens. Et en comparaison avec des tas de groupes, c’est bien plus qu’ils ne peuvent offrir. Il n’y a pas beaucoup de groupes qui me plaisent ; mais même dans ce cas, ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir qui ils sont ou ce qu’ils pensent. Je ne suis touché que par leur musique… Je n’ai rien à faire avec eux, je n’ai aucune envie de les rencontrer personnellement.

Tu considères que les conversations que tu as avec les journalistes ne t’apportent pas grand-chose ?

Oui, je suis particulièrement étonné de voir à quel point ils manquent d’originalité, posent des questions inintéressantes. Ou même ne parviennent pas vraiment à entamer une conversation. Ils répètent tous les mêmes questions clichés, celles que, semble-t-il, le public a envie de voir posées. Je crois qu’on a donné assez d’interviews pour que les gens puissent avoir une vague idée de qui nous sommes, de ce que nous faisons. C’est d’ailleurs le même problème avec les fans qui viennent nous demander des autographes, je trouve ça stupide. En général, ils n’ont même pas envie de nous parler. La seule chose qui les intéresse est de ramener ce petit trophée ridicule. Personnellement, je n’ai jamais demandé d’autographe de ma vie… 

Contrairement à Charles/Black Francis des Pixies et surtout Jay Mascis de Dinosaur Jr, pour qui les textes sont soit sans importance soit volontairement inaudibles, tu sembles accorder un certain crédit aux paroles des chansons. C’est du moins ce que tu as déclaré…

En fait je n’ai jamais dit une chose pareille. C’est ce que les journalistes ont écrit. Les articles où il est mentionné ce genre d’infos sont des extrapolations de ce que nous avons déclaré. En fait, je pense que les paroles ne sont qu’un bonus à la musique, un petit extra. On ne peut pas s’attendre à ce que des textes de chansons soient très intelligents. On doit respecter une structure qui te limite déjà très fort. Dans une chanson rock, on est beaucoup plus limité par les mots que par les notes. 

Sur « Smells Like Teen Spirit », vous combattez pourtant l’apathie de certains teenagers qui ne s’intéressent qu’à la télévision…

Je n’aurais pas le droit de dire ça. J’ai pu dire quelque chose de ce genre et ça a été repris dans notre bio. Et je suis constamment obligé de me défendre contre cette idée. Une prise de position qu’on peut défendre à une occasion est terriblement exagérée. C’est quelque chose que je disais à un ami, pour le secouer, et, évidemment, l’info a été relayée et grossie par les médias. J’ai donc décidé que je n’avais plus rien à dire sur le sujet. 

Penses-tu que le rock doit être rebelle ?

Je ne suis pas passif, certainement pas… mais j’aime des tas de groupes qui n’ont pas une attitude rebelle et ne montrent aucun sentiment ni émotion à ce sujet. Ils ne m’intéressent qu’à travers leur musique. 

Quels sont les groupes que tu aimes ?

Mes groupes préférés sont Jad Fair, Beat Happening, les Pastels, Young Marble Giants… La plupart des gens s’attendent à ce qu’on écoute des trucs comme Godflesh… 

Ou Blackflag…

J’aime beaucoup Blackflag, comme les Butthole Surfers, ils ont été de grandes influences. Il y a pas mal de groupes durs que j’aime mais pas trop de groupes contemporains dans ce genre, sauf The Melvins ou Jesus Lizard… 

Le fait d’être maintenant sur un gros label vous oblige à accorder des interviews, faire des concessions, de la promo et tutti quanti...

On n’est pas obligés. On a accepté au début parce qu’on pensait que ça nous ferait pas chier. On ne savait pas à quoi s’attendre, on n’imaginait pas que l’on accorderait 10 interviews par jour. Et à des tas de magazines qui ne nous intéressent pas vraiment, comme ces revues heavy metal luxueuses sur papier glacé. J’aimerais mieux uniquement rencontrer des fanzines ! Mais malheureusement, les fanzines qui essayent de nous contacter à travers la firme de disques se font souvent jeter. Et on devra certainement réfléchir à cette situation lors de la prochaine tournée. 

C’est un peu contradictoire puisque les fanzines sont un peu l’équivalent journalistique de ce que sont les petits labels indépendants. Et vous avez choisi d’être sur un gros label…

Ce qui ne signifie pas que je ne suis plus capable d’apprécier ça. La majorité de mes amis sont toujours sur des labels indépendants et les seuls trucs que j’aime lire sont des fanzines. Etre sur un gros label nous permet d’être mieux distribués, mais on a bien l’intention de toujours être en accord avec les choses dans lesquelles on croit. D’une certaine manière, la communication avec MCA/Geffen est mauvaise. C’est un label qui n’a évidemment que l’expérience de promouvoir des groupes très commerciaux… 

Penses-tu que les gens qui aiment Nirvana aux Etats-Unis aiment le groupe pour les mêmes raisons que ceux qui l’apprécient ici ? En Europe, la plupart des gens ne comprennent pas les paroles des chansons…

C’est très bien ainsi ! J’aimerais pouvoir m’exprimer dans un langage bien à moi, que personne ne pourrait comprendre. Et je pense que nous aurions le même impact sur les gens avec notre musique. Les mots n’ont réellement aucune importance dans la musique. Ils peuvent toucher les gens mais c’est très rare. Si on a l’intention de toucher les gens avec des mots, on doit avoir un espace illimité pour le faire… 

La version américaine de l’album comporte une chanson cachée qui n’est pas renseignée sur la pochette. Elle ne figurait pas sur les versions européennes au début, c’était délibéré ?

On ne voulait pas promouvoir cette chanson, on n’en a donc pas trop parlé et certains label-managers européens de BMG ne se sont pas rendu compte qu’il y avait une chanson supplémentaire après la fin de « Something In The Way ». L’idée était d’ajouter sur l’album une chanson susceptible d’être découverte peut-être des mois après avoir acheté l’album. Quand on en a presque marre de l’écouter, découvrir ainsi une nouvelle chanson peut être une bonne surprise, un cadeau… 

Cet album est beaucoup plus intense que le précédent, les chansons sont assez différentes…

Je dirais que c’est une collection de chansons écrites sur deux ans. Il s’est passé des tas d’événements, on a engagé un nouveau batteur. La plupart des gens pensent que notre premier album était beaucoup plus agressif, qu’il avait plus d’énergie. Ils disent aussi que les deux albums sont très différents l’un de l’autre. Je ne suis pas du tout d’accord. Je pense qu’il y avait des hits en puissance, des hits évidents sur les deux albums… 

La production a sans doute rendu cet album-ci plus accessible au plus grand nombre ; et puis votre vidéo passe sans arrêt sur MTV.

Pour ce qui est de la production, je connais des tas de groupes punks underground qui ont une production nettement plus clean que celle de « Nevermind ». Quand à MTV ou les radios plus commerciales des States, elles auraient diffusé les chansons de « Bleach » si on avait été sur un gros label. C’est ainsi que vont les choses. Bien sûr, la production, évidemment, est différente pour cet album. Le précédent avait été enregistré sur huit pistes, celui-ci sur seize… 

Les filles arborent des symboles anarchistes dans la vidéo de « Smells Like teen Spirit », c’est une manière d’être subversif ?

Je ne pense pas que ces images aient un impact particulier sur les gens ou que ça soit subversif. Elles étaient simplement appropriées pour la vidéo, pour le texte. L’intention n’était pas d’être subversif… 

Lors de vos concerts vous avez une attitude assez ‘destroy’, vous cassez vos instruments à la fin de chaque set. Une raison particulière ?

C’est un peu pour exorciser cette période de crise qu’on voudrait nous faire vivre. Nous sommes un groupe indépendant qui passe sur un gros label et c’est souvent ressenti comme une trahison. Des tas de groupes, d’amis ont tenté de nous dissuader de quitter Sub Pop, alors on leur montre qu’on est plus incontrôlables et plus ‘destroy’ que jamais… Quoi que nous fassions, nous voulons garder l’esprit punk qui nous animait au début. Le rock’n’roll est devenu aujourd’hui un produit de consommation courante, tout le monde écoute du rock, les avocats, les chefs d’entreprises… ça ne dérange plus personne. On espère que le rock underground va réveiller un peu les Kids, leur donner l’envie de vivre autre chose qu’une vie conformiste… ‘Birth, school, death’. Voilà la vie de la plupart des gens, c’est d’un triste… 

(Article paru dans le n°1 du Magazine Mofo de février 1992)





 
MusicZine - Actualité musicale © 2017
ASBL Inaudible – 2, rue Raoul Van Spitael – 7540 Kain
Design: Nuno Cruz - Joomla integration: Edustries
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement