Les Nuits Plasma 2017 : la programmation (update 23/10/2017)

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On a encore quelque chose à dire !

Écrit par Philippe Blackmarquis - samedi, 22 août 2015
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Orchestral Manoeuvres In The Dark
23-08-2015

Paul Humphreys, cofondateur d'Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD), est un gentleman. En pénétrant dans sa loge du BSF, son grand sourire et sa simplicité forcent l'admiration. Qui pourrait croire que lui et son compère, Andy McCluskey, ont vendu plus de 40 millions de disques ? Une modestie qui est la marque des plus grands.

L’interview de Paul Humphreys se déroule avant le concert que le groupe va accorder sur la Place des Palais, en cette soirée de clôture du festival. Après John Foxx et Peter Hook, votre serviteur a la chance de côtoyer un autre de ses héros. Paul n'a pas tellement changé depuis les années 80. Evidemment, ses cheveux ont viré au gris, mais il a toujours cette bonne bouille de bébé rayonnant qui fait son charme.

La première question est très classique, elle concerne le patronyme du groupe. ‘Manoeuvres orchestrales dans l'obscurité’, c’est presque un gag, non ? « En fait, nous avions reçu un appel téléphonique émanant du Eric's Club à Liverpool », raconte Paul. « C'était en 1978. Les organisateurs nous proposaient d’assurer la première partie de Joy Division. On a répondu qu’on aimerait beaucoup le faire! Le gars nous a demandé alors : « C'est quoi le nom de votre groupe ? » On n'en avait pas. Il a ajouté : ‘Vous avez deux heures avant que nous imprimions les affiches’. Alors nous avons couru vers la maison d'Andy. A l'époque, on notait toutes nos idées de chansons sur le mur. On a parcouru la liste et quand on a lu ‘Orchestral Manoeuvres in the Dark’, on en a conclu qu’il nous distinguerait des autres formations. » Issues du punk, sans doute ? « Oui, Eric's Club était un club punk et nous voulions nous différencier. En plus, on était convaincu de ne jouer qu’un seul concert ; donc ce choix n’avait aucune importance » (rires).

Le destin en décidera autrement. En fait, l’épouse de Tony Wilson, le patron de Factory Records, la compagnie de disques de Joy Division, est tombée sous le charme de leur musique et elle a insisté auprès de son mari pour qu'il les prenne sous son aile. Pour Wilson, OMD était beaucoup trop pop, mais il accepte néanmoins de les engager à l’essai. OMD est donc invité à enregistrer un premier single, ‘Electricity’, sous la houlette de Martin Hannett, le légendaire producteur qui a, entre autres, créé le son de Joy Division. Petit problème : Andy et Paul ne sont pas satisfaits du résultat ! « En fait, nous avons accepté sa version d’‘Almost’, qui figurait en face B », rectifie Paul. « Mais celle d'‘Electricity’ était un peu trop 'ambient' à notre goût. Nous en souhaitions une plus dense, plus électro. Nous préférions la nôtre à celle de Martin, même si nous étions fans de son travail. C'était juste pas ce qu'on voulait. »

C'est donc la mouture enregistrée en compagnie de Paul Collister qui devient le très recherché single ‘FAC6’ de Factory Records. Grâce à cette carte de visite, OMD signe un contrat juteux chez Dindisc, une filiale de Virgin. « Andy et moi, nous avons alors décidé de consacrer l’argent encaissé, à l’achat d’un équipement studio. Nous avons construit le nôtre, conscients qu’il n’existait pas de marché pour ce type de musique et qu’en définitive, on allait être largués après le premier elpee. Mais au moins, on disposerait de notre propre studio ! »

Une fois de plus, le destin va en décider autrement. La 3ème version d'‘Electricity’, enregistrée dans leurs nouvelles installations, opère son entrée dans les charts anglais et européens, lançant ainsi leur carrière. Paul insiste beaucoup sur le contrôle qu'ils ont constamment voulu avoir sur leur son. « Andy et moi avons toujours eu une idée très claire de la façon dont notre musique doit sonner. C’est pourquoi nous avons régulièrement rencontré des problèmes auprès des producteurs. Nous avons même bossé en compagnie de Toni Visconti sur l’LP ‘Junk Culture’. Visconti a produit des disques fabuleux pour David Bowie et bien d'autres, mais il ne convenait pas pour nous. Dans son livre, il a écrit qu'on comptait trop sur la technologie. Mais nous sommes un groupe électro ; bien sûr que nous tirons parti de la technologie! » (rires)

Ce côté technologique, OMD le doit certainement à Kraftwerk, les pionniers allemands de la musique électronique. Le génie d'OMD a été de marier la technologie de Kraftwerk, le côté proto-punk hypnotique de Neu! et l’aspect sombre de la new wave. Paul Humphreys approuve mon analyse. « Quand nous avons commencé, nous écoutions 5 groupes ou artistes : Kraftwerk, Neu!, LA Düsseldorf, Can et David Bowie. Egalement le Roxy Music des débuts, celui de Brian Eno. Quand ce dernier a quitté Roxy, nous avons continué à suivre son parcours. C'est grâce à lui que nous avons acquis ce côté mélancolique, je pense… »

Il est vrai que le rôle d'Eno a été prépondérant dans la naissance de la new wave, surtout le feeling sombre, le ‘Weltschmerz’, le ‘Spleen’, que l'on rencontre sur les albums de Bowie dans sa période berlinoise. En intégrant, cette ‘noirceur’, Humphreys et McCluskey ont contribué à définir le son de la new wave électronique. Etonnant, mais certains artistes ont, au même moment, développé une musique similaire. Notamment The Human League et Gary Numan. Hasard ou synchronisme ? « A l'époque, Internet n’existait pas », explique Paul. « Nous n'avions aucune idée de l'existence de ces autres formations. En fait, certains magasins de disques importaient de la musique allemande. Et je pense que nous l’avons tous découverte au même moment. Personne n'était plus choqué que nous quand Gary Numan a atteint le numéro ‘1’ des charts grâce à ‘Are Friends Electric’. On s'est dit : ‘Il vient d'où, celui-là ?!’ Puis, nous nous sommes aperçus que nous n’étions pas les seuls à partager les mêmes influences. »

Parmi ces pionniers, n'oublions pas John Foxx ! Rappelons que ‘Hiroshima, mon amour’, un titre qui date de 1977, est probablement le premier titre 100% électronique new wave de l'histoire de la musique. Sur ce point également, Paul abonde dans le même sens. « Oui, je pense que c'est vrai. J'aime beaucoup John Foxx. Il a tourné avec nous en 2013. Très chouette de vivre en sa compagnie. Et puis, c'est un gars adorable ! » Ayant eu la chance de l'interviewer, votre serviteur ne peut que confirmer, ajoutant même que son attitude, très 'gentleman', donne envie de l'appeler 'Sir'. « Exactement », confirme Paul. « Il a ce style typiquement britannique. »

Impossible de ne pas parler de synthétiseurs quand on a devant soi un ‘synth wizard’ comme Paul Humphreys. Il paraît même qu'il construit lui-même des synthés. Est-ce une légende ? « Au début, on était fauchés ; donc j'ai fabriqué des synthés, c'est vrai. On les entend sur le premier long playing. J'ai aussi façonné une batterie électronique très 'kraftwerkienne', qu'on entend sur ‘Almost’. Après, elle est tombée en panne et je m’en suis débarrassée. Je la regrette maintenant ! »

Comme pas mal de groupes issus des eighties, OMD a connu un passage à vide pendant les périodes 'grunge' et 'britpop' des années 90 et 2000. Mais en 2006, le tandem est à nouveau rattrapé par le destin. « On a eu l'occasion de jouer quelques concerts. On s'est demandé qui peut encore être intéressé par OMD aujourd'hui ? Nous avions été absents pendant 10 ans. On a décidé d’accorder 9 prestations afin d’y interpréter ‘Architecture & Morality’, dans son intégralité. Certaines chansons n'avaient jamais été exécutées en ‘live’ et c'est de toute façon un LP emblématique. Les 9 spectacles ont été sold out en quelques heures et on a fini par aligner 49 dates. Soudainement, nous étions de retour… »

Petit problème technique : comment se débrouille-t-on pour rejouer les anciens morceaux à l'identique quand on n'a plus les synthés originaux ? « On a été obligé de racheter tous les synthés ! Je me souviens même qu'à un certain moment, on avait besoin d'un Korg Micro-Preset ; et, Andy et moi, on s’est mis à renchérir l'un contre l'autre, sans le savoir, sur eBay, pour l’acquérir ! » Pas question, par contre, d’emporter sur la route, ces vieux synthés. « Non, ils ne sont pas fiables. Ils se désaccordent et il faut avoir tout en double. Donc, on a échantillonné les sons. Ce qui exige beaucoup de mémoire mais les synthés modernes, comme la station Roland Fantom, peuvent y parvenir sans problème. »

Et si on parlait de la Belgique ? « On aime beaucoup la Belgique ! Nous y avons vécu pendant plusieurs mois, dans les eighties ! Nous avons loué une ferme près de De Haan (NDLR : Le Coq) pour y travailler. » N'est-ce pas là qu'a été enregistrée la version 'dub' de ‘Julia's Song’, qui vient de ressortir il y a quelques mois ? « En effet ! On l’a réalisée avec la section de cuivres des Frères Weir... »

Toujours concernant la Belgique, OMD a également travaillé en compagnie de la formation malinoise Metroland. « Oui, quand nous avons achevé la chanson intitulée ‘Metroland’, on s’est rendu compte qu’il existait un groupe baptisé Metroland. Donc, on les a contactés et il s'est avéré qu’il s’agissait de grands fans, donc ils ont réalisé un remix du morceau ! » Malheureusement, un des gars de Metroland, Louis, est décédé récemment… « Je sais, c'est tellement triste... »

A propos, n’est-il pas bizarre pour vous, de revenir dans le parcours, après autant d'années d’absence ? N'est-ce pas un peu comme si on vous avait accordé une seconde vie ? « Oui, c'est tout à fait ça ! Mais en même temps, on ne veut pas passer pour un groupe 'rétro', incarner un pastiche de nous-mêmes. Nous avons astreint notre reformation à une condition : avoir encore quelque chose à dire ». Donc, on est retournés en studio et on s'est rendu compte qu'on éprouvait encore beaucoup de plaisir à composer ensemble. Et manifestement, on a encore quelque chose à dire ! Ce qui a débouché sur la confection d’‘English Electric’, un album dont nous sommes très fiers. »

Y a-t-il de nouvelles compos en préparation ? « Nous disposons déjà de 5 chansons pour le prochain disque. Il paraîtra l’an prochain » Thank you, Paul ! « My pleasure... »

Merci à Nicky du BSF, à Simon Fuller, le tour manager d'OMD et bien sûr à Paul Humphreys ainsi qu’à Andy McCluskey.

Pour voir la vidéo d’OMD interprétant « Electricity » au BSF, c’est ici 

 

 





 
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