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Eddie Vedder : gloire immense mais esprit torturé ?

Écrit par Danny Van Hemelen - mardi, 09 mai 2006
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Pearl Jam
08-05-2006
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Dans le sillage de Nirvana et en compagnie de groupes comme Soundargen ou Alice In Chains, Pearl Jam restera, à coup sûr, un combo dont l'aura sera associée à celle de la vague 'grunge'. Même si le groupe mérite sans doute plus que cela. Son vocaliste, Eddie Vedder, n'a eu de cesse de vouloir 'casser le moule'. La preuve encore aujourd'hui via un nouveau cd éponyme tranchant à tous les points de vue... 

Alive ! 

Alors que le balancier rock amorçait son mouvement de retour, au tout début des nineties, secouant au passage des ténors tels que Simple Minds ou The Cure, Eddie Vedder (de son vrai nom Edward Louis Seversen, né le 23 décembre 1964 à Evanston, dans la banlieue de Chicago) bossait comme pompiste dans une station service à San Diego, en Calfornie. Un pote à lui avec lequel il vide des verres, Jack Irons, par ailleurs batteur de Red Hot Chilli Peppers (NDR : le monde est p'tit, hein ! Surtout qu'on le retrouvera plus tard chez Pearl Jam), lui file une cassette d'un type nommé Stone Gossard et lui dit sans doute quelque chose du genre : "Tiens mec, ça c'est bon pour tes insomnies !" (car Vedder souffre déjà de ce mal chronique). Vedder écoute la bande, qui contient cinq instrumentaux, dont un certain 'Dollar Shot' l'inspire plus particulièrement. Il colle un texte dessus, y plaque sa voix et renvoie le truc à Gossard, dont le groupe, Mother Love Bone, vient de splitter, suite à la disparition de son vocaliste, Andrew Wood, décédé des suites d'une overdose. De 'Dollar Shot', Vedder a fait 'Alive', en racontant son histoire, à savoir celle d'un gosse qui apprend sur le tard qui est son vrai père (un ami de la famille qui s'est tiré sans demander son reste) et voit ce père biologique mourir (d'une sclérose en plaques). Un gosse sur lequel sa mère reporte toute son affection car la ressemblance entre le fils et le père est énorme. En entendant "Alive", Gossard tombe de son sofa et appelle illico cet inconnu providentiel, Eddie Vedder, pour lui demander de rappliquer aussi sec à Seattle. Vedder accepte mais prévient qu'il n'a pas beaucoup de temps à perdre et qu'il viendra directement au local de répet'. Une semaine plus tard, Pearl Jam est devenu un vrai groupe et Gossard, le bassiste Jef Ament, l'autre guitariste Mike McCready et le batteur Dave Kruse, flanqués de Vedder donc, se mettent au boulot. En quelques mois, le groupe s'est taillé un album et a fait 'flamber' quelques clubs. A Seattle, un label, Sub Pop, fait solidement parler de lui. Evidemment attentives, les 'grosses pointures' suivent 'l'affaire' et Epic fait rapidement les yeux doux à Pearl Jam. Mi 91, le groupe sort son premier album, 'Ten', sur ce label.  Au début, le succès commercial n'est guère au rendez-vous. Il faudra, en fait, qu'un certain Nirvana sorte son 'Smells Like Teen Spirit' pour que la vague grunge se transforme en raz de marée véritable et qu'elle emmène Pearl Jam dans son sillage.  Du coup, début 92, "Alive" se retrouve catapulté dans les charts et, dans la foulée, 'Ten' se met à cumuler les ventes pour finalement culminer à près de treize millions d'exemplaires ! 

L'histoire de Pearl Jam a commencé ainsi. La suite sera à l'image du groupe : remarquable, inégale, sincère, faite de luttes et de combats. En 93, Pearl Jam est un groupe énorme. Son second cd, 'VS', se vend à plus d'un million d'exemplaires dès sa sortie, aux States, en une... semaine ! Tout lui réussit et même Kurt Cobain semble jaloux de ce succès (il allume Pearl Jam dans la presse, lui dont le 'In Utero', sorti quasi en même temps, n'a guère marqué les esprits). Par contre, "No Code", paru en 96, passe (relativement) à travers, comme on dit.   

'I fought the business and...' 

A ses débuts, en tout cas, Pearl Jam a, immédiatement, voulu prendre ses distances avec certains aspects du business qui ne cadraient pas avec sa philosophie (quand il parle de l'évolution du groupe, Vedder met toujours en avant le fait que "Ce band est sincère et que c'est ça qui compte !"). Depuis quelques années, il semble s'être 'un peu calmé', à ce propos; on le sent en tout cas moins vindicatif et rebelle concernant certaines pratiques... Il a, en tout cas, clairement, trouvé sur sa route, plus fort que lui !  Découragé ?  

- les abus du business 

Pearl Jam n'a jamais apprécié les abus commerciaux qui eurent lieu dans son dos. Ainsi, en pleine gloire, en 94, le groupe annule sa tournée US d'été et poursuit la société Ticketmaster, initialement en charge de la tournée, en justice parce que celle-ci profite de manière abusive, selon le groupe, de son statut pour faire pression sur les promoteurs locaux pour qu'ils augmentent le prix des tickets. Le combat est beau, mais la justice américaine refuse, un an et demi plus tard, de condamner Ticketmaster pour ses pratiques commerciales. N'empêche, Pearl Jam a clairement affirmé sa philosophie. "Je suis un fan de musique, moi aussi, et je n'ai pas toujours eu du fric. Je sais ce que c'est de devoir sortir vingt dollars pour acheter un ticket de concert" (Vedder). 

Le groupe avait aussi refusé que le moindre 'single' soit extrait de l'album 'VS', avant la sortie du disque, en 93. Il avait aussi insisté pour jouer dans des salles de taille raisonnable, début 94, troquant même des concerts dans des stades contre des shows organisés sur des campus universitaires ! 

- la surexposition médiatique 

Contrairement à un paquet d'autres, les mecs de Pearl Jam n'ont jamais cherché à défrayer la chronique, à profiter de leur gloire pour prendre des attitudes de divas. Au contraire, même. "J'en ai vraiment marre de voir ma tronche partout  et je suis certain que plein de gens partagent ce sentiment. Ce business ne devrait pas se focaliser autant sur les personnalités mais plutôt se concentrer d'avantage sur l'apport musical des groupes. C'est cela qui compte. On ne devrait pas vénérer des personnalités. Malheureusement, certains fans sont déçus lorsque je leur dis que je ne suis pas un messie" (Vedder) ou encore "Je suis un fan absolu des Who, mais il ne me serait jamais venu à l'idée de demander un poil du nez de Pete Townsend ! " 

Le groupe semble même entretenir une sorte de relation amour/haine avec son propre succès. "J'aurais préféré que nos vidéos ne soient jamais passées sur MTV", assène Vedder, en 94. Quelques semaines plus tôt, le groupe avait obtenu quatre MTV Videos Awards, au cours d'un grand show, à Los Angeles.

Vedder s'en est même pris à Bono, de U2, sur scène, lors d'un concert à Rome, en support-act des Irlandais.  Agacé par le 'gigantisme' de l'organisation, Vedder était monté sur scène affublé d'un tee-shirt sur lequel il était écrit 'Paul Is Dead' (Paul est le vrai prénom de Bono qui, parait-il, n'a pas trouvé cela drôle !). 

Près de quinze ans après l'avènement de Pearl Jam, le business a encore accentué sa 'pression commerciale' sur les fans de musique (le prix d'un ticket de concert n'a cessé d'augmenter, le prix des cds est resté élevé), MTV reste un must pour se payer une tranche de succès et le culte de la personnalité des musicos n'a certainement pas diminué. Seul le MP3 et le piratage dans son ensemble font trembler le business de la musique, aujourd'hui. Les efforts du groupe n'ont donc pas été payants. Mais, au moins, il a dit ce qu'il avait à dire...

Torturé, Vedder ? 

Le rock des années nonante a été plutôt sombre; normal puisque les leaders de la scène ont tous - ou presque - bouffé du malaise sans ketch up ! Trent Reznor, Jonathan Davis, Eddie Vedder, pas vraiment des 'foldinguos' et on sait ce qui est arrivé à Kurt Cobain. A croire que distribuer les décibels, ça rend vraiment malheureux ou névrosé...  

A Encinitas, son bled, Vedder était connu comme 'the man who doesn't sleep'. Insomniaque chronique, Vedder a passé, ado, énormément de temps à développer sa culture et son âme musicale. Fan des Jackson 5 quand il était gamin, il a découvert le rock via les Who et est toujours resté un énorme admirateur du groupe.  Par la suite, il s'est tourné vers des personnages comme Henry Rollins ou Ian MacKaye (Fugazi) qu'il respecte énormément pour leur volonté à sortir des sentiers balisés du business musical. Il apprécie aussi beaucoup quelqu'un comme Neil Young, avec lequel, faut-il le rappeler, Pearl Jam œuvra en véritable partenariat pour l'abum "Mirror Ball". Ses potes l'ont souvent d'écrit comme un type ayant deux facettes bien distinctes : l'une assez cool du gars timide, réservé, qui s'exprime en parlant très bas ; l'autre version âme torturée, supra-réaliste, incapable de supporter l'injustice et qui n'hésitera pas à affronter des moulins de face s'il le faut (on a pu le constater !). 

Eddie Vedder s'est méfié du succès, tout de suite ! "Ce n'est pas facile d'avoir de l'argent", a-t-il expliqué; "Cela peut être tentant d'en donner à des amis pour les aider, mais tu ne peux pas donner comme ça, sans quoi tu finis par entretenir une centaine de personnes qui arrêtent de se débrouiller par eux-mêmes et comptent seulement sur toi. L'argent peut créer davantage de problèmes qu'il en résout". 

Vedder reconnaît qu'il n'est pas quelqu'un qui est 'facilement heureux'. "Et la popularité n'aide pas", a-t-il expliqué; "Tu restes le même et tu n'es certainement pas mieux dans ta peau parce que tu es connu. Les autres membres du groupe parviennent à tirer profit de la situation, d'une certaine manière, c'est bien plus compliqué pour moi". 

Le drame de Roskilde 

Cet épisode là de la vie du groupe n'a évidemment rien amené de positif. Neuf morts dans une bousculade, en plein festival, cela ne peut évidemment pas laisser indifférent. Le groupe a très mal vécu cette tragédie. On se souvient que, à l'époque, il a annulé son passage prévu au Rock Werchter, deux jours plus tard. Au moment des faits, des rumeurs de responsabilités du groupe dans l'incident avaient été largement répercutées dans les médias.  Les conclusions tirées par la justice danoises balayeront tout cela. Mais il est évident que le 'Roskilde' aura, à jamais, marqué l'esprit du groupe. Dans "Love Boat Captain", sur "Riot Act" (sorti en 2002), Eddie Vedder a écrit ces mots : "Its an art to live with pain / Mix the light into grey / Lost 9 friends well never know / 2 years ago today / And if our lives became too long / Would it add to our regret ?" 

Engagé 

Eddie Vedder supporte activement diverses causes à travers diverses associations. Et notamment "Not In Our Name", qui mène un combat contre la peine de mort, "Surfrider Foundation USA", qui milite pour des plages propres aux Etats Unis, ainsi que "Home Alive" qui forme les femmes à l'autodéfense. 

Discographie 

Pearl Jam a sorti huit albums studio : 

"Ten" ("Alive", "Jeremy", "Black") en  1991 (Epic)

"VS" ("Go", "Animal") en 1993 (Epic)

"Vitalogy" ("Spin the Black Circle", "Not For You") en 1994 (Epic)

"No Code" ("Sometimes", "In My Tree") en 1996 (Epic)

"Yield" ("No Way", "Faithfull") en 1998 (Epic)

"Binaural" ("Breakerfalls", "Light Years") en 2001 (Epic)

"Riot Act" ("Ghost", "You Are") en 2002

et "Pearl Jam", donc, qui vient tout juste de sortir 

Citons encore quelques sorties annexes comme un très bon EP quatre titres ("Oceans"), paru en 92 et comprenant trois titres live (dont "Alive") enregistrés au Pinkpop); le live "Dissident", enregistré à Atlanta en avril 94, une collection d'inédits ("Lost Dogs", toujours chez Epic, en 2003) et le double best of "Rearviewmirror", paru en 2004. 

 

 

 

 





 
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