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Comment piéger la P.J.?

Écrit par Christophe Godfroid - dimanche, 29 novembre 1992
Image
PJ Harvey
30-11-1992

Mi-poétesse, mi-tigresse, à la fois fragile et brutale, vulnérable et provocatrice, Polly Jean Harvey est une jeune femme ambiguë qui ne manque pas d’éveiller la curiosité. Cette Anglaise du Dorset, élevée à la campagne, se passionnant pur la sculpture et les longues balades en forêt, est une des révélations de ces 15 derniers mois. En peu de temps, les deux simples « Dress » et « Sheela-Na-Gig » puis « Dry », un album aussi sec que rafraîchissant, l’ont propulsée du statut d’espoir à celui d’artiste reconnue et respectée. Qu’elle le veuille ou non, PJ Harvey est aujourd’hui un personnage public. Seulement voilà, elle est réservée, peu bavarde et refuse de s’expliquer sur les paradoxes qu’elle cultive avec un malin plaisir : elle tient à préserver son jardin secret tout en écrivant des textes à connotation sexuelle, naviguant constamment entre la pudeur et l’exhibitionnisme ; elle déteste faire parler d’elle, mais pose à moitié nue sur la couverture du NME et le verso d’une pochette. Pour mieux contrôler son image, elle choisit le silence, alimentant inévitablement la rumeur. Timide par nature, elle adore être regardée… Polley, le drummer Rob Ellis et le bassiste Steve Vaughn sont présents lors de l’entretien, mais seuls les deux premiers y participent…

Vous êtes trois lors des interviews, alors que Polly apparaît toujours seule sur les photos et les pochettes de disques. Une raison ?

Polly : Parfois je suis seule pour répondre aux interviews
Rob : Sur scène, on est toujours à trois, par contre.

Rob et Steve, faire partie d’un groupe s’appelant Polly Jean Harvey ne vous dérange pas ?

R. : Non, dans la mesure où Polly écrit tous les morceaux. On n’a pas trouvé d’autre nom, de toute façon. On avait pensé appeler le groupe ‘PJ Harvey and The quelque chose’, mais rien d’intéressant ne nous est venu à l’esprit.

Te sens-tu bien Polly, auprès de Rob et Steve ?

P. : Oui, il n’y a aucun problème. J’ai toujours préféré la compagnie des hommes à celle des femmes.
R. : On est les premiers à être venus la trouver, alors elle nous a gardés (rires).

Caractères

On t’a surnommée la ‘Madonna’ de la scène indépendante.

P. : Je la trouve formidable. Je suis différente, mais j’aimerais lui ressembler. Elle possède une réserve d’énergie incroyable qui lui permet de travailler sans cesse et de s’exprimer ainsi dans plusieurs domaines artistiques. En plus, elle a du caractère. Elle se fiche de ce que les gens peuvent penser de ses actes.

Comme elle, tu joues beaucoup avec l’ambiguïté, non ?

P. : Je suis contente que tu me le dises. Cependant, je ne ‘joue’ pas avec l’ambiguïté. Au moment où j’écris un texte, je n’ai aucune idée de ce qu’il peut suggérer. Mon inspiration est spontanée, naturelle voire inconsciente.

Dans tes chansons, tu mets en scène des personnages. Es-tu toi-même un personnage ?

P. : Tout le monde en est un, non ? Il y a des éléments autobiographiques dans mes chansons, bien sûr. Jusqu’à un certain point. Ils proviennent de mon expérience personnelle, de ma vie, qui n’en est qu’à ses débuts.

La plupart de tes personnages féminins semblent beaucoup souffrir.

P. : Mes chansons ne sont pas dénuées d’humour. Il n’y a pas que des femmes qui souffrent. Il y en a aussi qui se foutent éperdument du mal qu’on leur fait. Il ne faut pas dramatiser ! Beaucoup de gens ne perçoivent pas cette dimension humoristique, peut-être parce que ma technique d’écriture n’est pas encore tout à fait au point… Avant tout, je célèbre la vie. J’essaie de me rapprocher au maximum de la réalité. Je ne vois pas tout en noir et blanc.

Il t’arrive parfois de connaître des faiblesses ?

P. : Parfois, je dois faire des efforts incroyables pour rester forte. Les conséquences de cette exigence me font souffrir de temps à autre.

Penses-tu assumer des responsabilités vis-à-vis des jeunes filles qui écoutent tes disques ?

P. : Non, je ne me considère pas comme étant leur grande sœur. Je ne suis pas assez vieille pour ce genre de responsabilité. Moi-même, je me cherche, alors…

Féminisme et féminité

On t’a souvent reproché ton côté misanthrope, ou plutôt ‘misandre’.

P. : C’est faux, archi-faux ! Ce sont des saloperies qu’on lit dans la presse. Au contraire, j’aimerais bien être un homme.
R. : On aurait déjà quitté le groupe depuis longtemps si c’était le cas.
P. : Tu as probablement puisé cette info dans les journaux anglais. C’est ridicule ! Je suis sûre que je n’ai jamais tenu de tels propos dans aucune interview ; mais bon, je sais que pas mal de journalistes extrapolent, en prenant leurs désirs pour des réalités.

Tu n’es pas féministe non plus ?

P. : Absolument pas. De toute façon, ce n’est pas parce qu’on est féministe qu’on perd automatiquement sa féminité. On peut être jolie, sensible, pure tout en se battant pour une cause que l’on trouve juste. Les femmes ne sont pas là pour satisfaire les besoins de l’homme, il ne faut pas les réduire à de simples objets de contemplation et de désir.
R. : Les hommes peuvent aussi être beaux et innocents. Aucun sexe n’a l’apanage de telle ou telle qualité.

Penses-tu que l’image des filles qui font du rock a changé ?

P. : C’est difficile à dire, parce que j’ignore comment elle était auparavant. A l’heure actuelle, les groupes féminins n’hésitent pas à jouer fort, c’est peut-être là que réside la nouveauté. Personnellement, je sais ce que je veux. Je suis têtue. Ce qui me permet de contrôler la marche de ma carrière.

Les hommes peuvent-ils comprendre la musique ?

R. : Moi, je la comprends, à ma façon. Le sens des chansons est laissé à l’interprétation de chacun, ce qui n’est pas plus mal.

Nudité

Partages-tu mon avis, si je te dis que ta musique est nue ?

P. : Oui.

Est-ce la raison pour laquelle tu as posé nue à certaines occasions ?

P. : Oui. Ces photos reflètent ma démarche musicale. Mes chansons sont nues, dépouillées, c’est vrai. Je ne suis pas complètement nue, non plus. Sur la pochette de « Dry » (au verso), mon corps est plongé dans l’eau et en ce qui concerne la couverture du NME, je suis photographiée de dos. Je suis satisfaite des résultats. D’un point de vue strictement artistique, ces photos sont de qualité. Je ne me suis pas dévêtue pour vendre plus de disques, je peux te le certifier.

Tu ne veux pas qu’on viole ton intimité, tu es peu bavarde aux interviews ; ce qui ne t’empêche pas d’écrire des textes introspectifs et de poser nue. Ce n’est pas un peu paradoxal ?

P. : Je ne dévoile rien au sujet de ma vie privée. En fait, à partir du moment où tu t’ouvre trop aux autres, par excès de confiance, tu ne montres rien du tout. C’est une façon indirecte de se protéger davantage. C’est ainsi que je vois les choses. Au départ, il faut être forte et vraiment sûre de soi pour agir de la sorte ; et tout en s’exhibant, on se crée une défense naturelle.

Si tu as choisi ce métier, c’est pour communiquer quelque chose. Tu ne te contentes pas de jouer de la guitare seule dans ta chambre, tu te produis chaque soir devant des milliers de personnes. Qu’es-tu prête à donner à tes fans ?

P. : Je n’éprouve pas vraiment un besoin urgent de communiquer. Je ne me sens pas investie d’une mission particulière. Je suis plutôt égocentrique : j’aime me retrouver sur une scène et chanter devant plein de gens qui n’ont d’yeux que pour moi. Ca me plaît et ça leur plaît en même temps. Ma motivation première, c’est le plaisir personnel que je peux retirer d’un concert

Interview parue dans le numéro 7 du magazine Mofo de novembre 1992.

 

 





 
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