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On ne rêve pas de devenir des stars sur MTV !

Écrit par Christophe Godfroid - lundi, 30 mars 1992
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The Candyskins
31-03-1992

Au pays de Candyskins, comme dans tous les pays du monde, on s'amuse, on pleure, on rit ; il y a des méchants et des gentils. Les gentils, ce sont les Américains, qui ont réservé à la formation d'Oxford un accueil très chaleureux. Les méchants, ce sont les Rolling Stones, qui leur ont intenté un procès (gagné, d'ailleurs) pour le sampling de ‘Sympathy For the Devil’ sur ‘For What it's Worth’, morceau figurant sur leur premier et unique album ‘Space I'm in’. En fait, il faudrait plutôt dire ‘le méchant’ car ni ce brave Mick Jagger ni l'ineffable Keith Richards ne leur ont cherché noise ; c'est un certain Alan Cline, propriétaire des droits sur le catalogue des Stones pour la période 1964-1968, qui s'est constitué partie civile. Les deux Nick (Cope, le chanteur/guitariste et Burton, l’un des deux solistes) ont bien voulu répondre à nos questions.

Cet épisode ridicule (qui a valu le retrait du sampling original) n'a en rien gâché le plaisir éprouvé par les Candyskins lors de leur dernière tournée américaine. Car ce sont les Yankees qui ont succombé les premiers au charme d'une musique qui, un peu comme celle des Milltown Brothers, fait la part belle aux guitares. Surprenant? Pas vraiment, lorsqu'on sait qu'EMF, Jesus Jones et même Ned's Atomic Dustbin ont envahi, il y a peu, les charts US. Burton raconte : « Là-bas, lorsqu'on a demandé à des jeunes s'ils aimaient les Red Hot Chili Peppers et Nirvana, ils nous ont répondu qu'ils préféraient les groupes anglais, comme Ride ou Curve ». Ce phénomène, Cope le confirme: « La musique alternative occupe une place très importante aux USA et on a constaté qu'elle émanait essentiellement d'Angleterre. Les radios de collèges, entre autres, programment beaucoup d’artistes britanniques dans leurs émissions. On pourrait penser qu'un pays aussi grand produit davantage de groupes alternatifs, mais ce n'est pas le cas. Outre les Peppers, Nirvana et le thrash-metal, c'est à peu près tout ! »

En Angleterre, les Candyskins n'ont pas eu de chance : leur album a été distribué par Rough Trade, qui a déclaré faillite une semaine après sa sortie. Heureusement pour eux, un deal signé par Geffen leur a permis d'entrevoir de nouvelles perspectives, le marché américain devenant alors prioritaire. Burton raconte : « On voulait rester indépendants en Angleterre ; mais ça a foiré parce qu'il n'y avait pas suffisamment de personnes pour nous épauler et se charger de la promotion. C'est dommage, car on souhaite d'abord se consacrer à notre pays d'origine. D'un autre côté, aux Etats-Unis, trois mois après la sortie de l'album, il y avait des files lors des concerts pour nous voir sur scène. On a vécu des concerts sold-out à Boston ou encore à Washington. Une surprise totale pour nous ! »

C'est ainsi que David Geffen a mis les cinq Anglais dans un bus et leur a dit de casser la baraque: deux mois et demi aux States, 50 dates réparties en deux tournées (l'une en première partie de Squeeze, l'autre en tête d'affiche). Mais n'est-ce pas un peu angoissant de se retrouver sur une si grosse firme de disques? Burton argumente : « Geffen est un label très diversifié. Dans son catalogue figurent Nirvana, Sonic Youth et Teenage Fan Club : ce ne sont pas des groupes commerciaux. Nous sommes en très bonne compagnie! La maison de disques n'attend pas que nous détrônions MC Hammer de la première place du hit-parade! On dispose de suffisamment de liberté pour pouvoir s'exprimer » De quoi devenir des habitués d'MTV ? Cope réagit : « C'est une corvée de tourner des clips vidéo. On est sous le contrôle artistique d'une personne rencontrée un jour auparavant. C'est assez aléatoire. Le clip que l'on préfère a été réalisé à Londres, à Piccadilly Circus, pour 125 € alors que celui qui nous a coûté 62 500 est beaucoup moins bon! On ne rêve pas de devenir des stars sur MTV ! »

Restait à savoir, vu leur périple, quels étaient les meilleurs et pires souvenirs emportés des States ? Burton reprend le crachoir : « Faire partie d'un groupe, jouer chaque soir pendant 2 mois et demi tout en étant payé : que peut-on rêver de mieux? Notre meilleur souvenir est peut-être le concert accordé à Washington devant une foule surexcitée alors que deux semaines auparavant, on se produisait dans un pub londonien pour cinq personnes! Quant au pire, c'est lorsqu'on s'est baladés dans les environs d'El Paso et qu'on a vu tous ces enfants vivant dans la misère… »

Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992

 

 





 
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