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Manitou nous sortira du trou

Écrit par Bernard Dagnies - samedi, 30 mars 1996
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The Fleshtones
31-03-1996

Distribué chez nous mais privé de la moindre promo, "Laboratory of Sound" n'a pas fait beaucoup couler d’encre. Et pourtant, produit par Steve Albini, il couronne les 20 ans de carrière du plus culte des vieux groupes new-yorkais (en vie). A cet égard, il aurait mérité un peu plus d’attention de la part de son label distributeur. Cette absence de soutien alimente le début de l’entretien. Peter Zaremba, Keith Streng et Bill Milhizer se disputent même pour répondre.

Bill: C'est d'autant plus dommage qu'une reproduction de l'Atomium figure à l'intérieur du booklet !
Peter: La prochaine fois, on fraudera des centaines d'exemplaires de l'album, en passant la douane belge. Pour les donner aux pauvres... Non, sérieusement, j'aime beaucoup ce disque. Il faudra se débrouiller pour que ces albums soient disponibles à plus grande échelle en Belgique. En plus, comme celui marque un changement de cap ou une sorte de retour aux sources, il s'agit de ne pas le rater. Depuis plusieurs années, on nous demande pourquoi les disques des Fleshtones ne sonnent plus comme les Fleshtones. Et bien, c'est ce que fait celui-ci. C'est dit!

- Vous enregistrez aujourd'hui pour le label Ichiban, après en avoir fréquenté pas mal d'autres. Ca ne facilite rien?

Peter: C'est une véritable malédiction! Elle doit être inévitable, mais je ne comprends pas. Sans doute s'entoure-t-on de personnes incompétentes. Peut-être parce qu'on aime ça... je ne sais pas! Ces gens sont censés contrôler nos affaires et faire connaître le groupe dans le monde. A la place, ils s’évertuent à nous rendre encore plus inaccessibles. Mais crois-moi, les responsables payeront un jour! Ils vont m'entendre, même si pour cela il faut que j'aille trouver le grand Manitou.

Steve Albini

Puisqu'elle est inévitable, évacuons la question tout de suite: pourquoi avoir choisi Steve Albini comme producteur?

Keith: Steve n'est pas vraiment producteur, mais plutôt ingénieur du son. Il aime être comparé à un ‘enregistreur’. Quand nous avons travaillé avec lui (dans son studio de Chicago), nous avions l'impression d'être dans un laboratoire de sons. Ce qui explique le titre de l'album. Steve un est véritable chercheur, un scientifique. Il accorde une grande importance à la technique. En même temps, c'est aussi un puriste dans son approche du rock.
Peter: Au départ, nous pensions enregistrer le disque sous la houlette de Butch Vig ou Scott Litt. Tous deux étaient intéressés, mais indisponibles. Et en fait, c'est Vig qui nous a proposé d'aller voir Steve, qui rapidement s’est réservé un peu de temps pour s'occuper de nous. Nous avons vécu deux semaines à Chicago, et sommes restés tout le temps auprès de lui, même hors des studios.
Keith: Steve nous a expliqué que c'est un groupe canadien, les Shadowy Men ou Shadowy Planet, quelque chose comme ça, qui lui avaient beaucoup parlé de nous. Ce sont eux qui l'ont convaincu de nous rencontrer. Steve utilise une formule personnelle pour enregistrer. Il demande au groupe de tout faire en une seule prise. Ensuite, il garde tout. Enfin, du moment que c'est enregistré proprement, je suppose.
Peter: Le destin a joué pour nous car il était le producteur idéal. Pas le genre à sortir un son bien produit. Steve joue le jeu du groupe. Il s'occupe plus des gens que de la technologie ou d'une manière qu'il aurait de concevoir un enregistrement. Il est parfait!
Bill: En tout cas, il n'apprécie pas qu'on retouche ses œuvres. Du moins pas n'importe qui. Scott Litt avait été choisi par exemple pour retravailler plusieurs des chansons qu'Albini avaient produites pour Nirvana.

- Un musicien de Shellac, le groupe d'Albini, joue de la trompette sur votre album. Mais on retrouve aussi Gordon Spaeth, votre ancien saxophoniste...

Keith: Il joue d'une façon ridicule, mais géniale. Il était le seul à pouvoir faire ça. C'est une chance qu'il soit venu! On a fait appel aussi à trois autres musiciens qui se chargent des cuivres. L'un d'entre eux milite dans un groupe de Chicago qui s'appelle les Cocktails.
Peter: Keith, de son côté, assure toutes les parties de guitare. J’ai pourtant essayé de convaincre Steve Albini de s’y mettre un peu. Il a refusé.

- Hormis le producteur, quelles sont les grandes différences entre "Laboratory of Sound" et "Forever Fleshtones", votre elpee précédent?

Peter: La différence est énorme. "Laboratory of Sound" est plus direct. Il a un feeling plus live, plus agressif, alors que "Forever Fleshtones" était assez introspectif
Keith: Oui, c'est un peu un retour à l'esprit de "Roman Gods", alors que sur "Forever Fleshtones", il y avait plein d'instruments différents. C'était la première fois que nous utilisions de la pedal-steel guitar d'une manière aussi intéressante...

- Le come-back de la surf music, popularisée par des gens comme Dick Dale, est-ce une bonne nouvelle pour les Fleshtones?

Keith: Non. On aimerait bien, mais il n'a aucune répercussion sur notre parcours. Sans doute avons-nous joué un rôle dans le regain d'intérêt pour cette musique. Mais finalement on a aussi participé au retour du rock garage, du trash, du rock instrumental, du rock bourré, du rock à boire...

Groupe de bal ?

- Le New-York Times vous décrit comme le groupe ‘idéal pour soirées’ ?      

Keith: C'est dit de façon un peu superficielle, mais c'est juste. Nous sommes bien le groupe idéal pour vos soirées. Si on gratte un peu, nous sommes aussi plus que ça. En fait, notre musique est très réfléchie, mais elle passe souvent au-dessus de la tête des gens. Je pense sincèrement qu’elle contient beaucoup de bonnes choses. Elle recèle une multitude d'aspects quant au fait d'être un être humain, de vivre, de toucher à la vie, aux sentiments... C'est ça aussi, notre musique. Bien-sûr, quand on est superficiel, pas de problème, on ne regarde pas plus loin, c'est pour les soirées.

- Etes-vous toujours des passionnés du rock australien?

Peter: C'est en allant sur place qu'on a découvert que la scène rock y était vraiment fantastique, mais plutôt inaccessible à l'observateur moyen. Plein de groupes australiens sont d'ailleurs des fans des Fleshtones!
Keith: J’adore, par exemple, tout spécialement l'album des City Doll ou les trucs de Christ Avenue et de Cruel Sea dont le dernier album n’est pas disponible aux Etats-Unis. Pour un pays aussi peu peuplé que l'Australie, il est presque étonnant d'y rencontrer autant de bons groupes.

- A propos de l'Australie aussi, avez-vous des nouvelles des Hoodoo Gurus? Le groupe devait venir en Belgique l'an dernier, mais la tournée a été annulée...

Peter: Oui, Keith a la réponse.
Keith: Hé, ho, non, je ne sais pas pourquoi la tournée a été annulée...
Peter: Si, il sait pourquoi! C'est parce qu'ils ont perdu leur distributeur. Enfin, non ils ne l'ont pas perdu. BMG, qui s'occupe d'eux aux Etats-Unis, ne voulait simplement plus les distribuer. Ils se sont fait complètement jeter en Amérique. En Europe aussi je pense. Ils ont donc annulé la plupart des dates de leurs tournées.
Keith: Mais les événements vont peut-être évoluer favorablement. Il y a huit jours, Dave m'a téléphoné pout me dire qu'il venait de terminer un nouvel album, enregistré à Sydney. J’ignore qui le produit, mais Dave est très heureux, parce qu’il va sortir... Je ne sais pas davantage qui va se charger de la distribution en Europe et aux States. Ce qui est sûr, c'est qu'ils vont repartir en tournée.

- Un mot à propos d'un vieux groupe, qui doit bien vous avoir influencés: quelle place occupent les Flamin' Groovies dans le cœur des Fleshtones?

Keith: Ah, c'est amusant, Roy Loney est venu nous voir en concert à San Francisco, il y a deux mois. C'est sûr que son ancien groupe tient une grande place dans nos cœurs. C'est un groupe fantastique, non?
Peter: Absolument génial! Ces gens ont entretenu la flamme, comme l'ont fait aussi les Stooges et MC5. Personne ne remplacera jamais les Groovies. Il y a 10 ans, ils nous avaient invités à jouer pour leur quinzième anniversaire...
Keith: Mais non, c'était il y a quinze ans!

Article paru dans le n°41 du magazine Mofo de mars 1996





 
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