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Le surréalisme de Jeffrey Lee Pierce

Écrit par Bernard Roisin - dimanche, 31 mai 1992
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The Gun Club
31-05-1992

In mémoriam Jeffrey Lee Pierce : 27-06-1958 - 31-03-1996

Jeffrey Lee Pierce, leader du groupe culte américain The Gun Club, est sur le point de sortir un album solo (« Ramblin’ Jeffrey Lee »). Marqué par le mouvement punk, ce Texan est très imprégné de la tradition littéraire du rock américain, à l’instar de Jim Morrison. Gun Club et les Cramps partagent, en outre, la paternité du psychobilly… Rencontre d’un Américain à Bruxelles… vivant à Londres mais rêvant d’Amsterdam. Chapeau noir sur lunette rondes, un visage à la Terry Gilliam sortant de Fisher King, les yeux de Robin Williams en prime.

Quelle est ta réaction quand on te dit que Gun Club est considéré comme un groupe culte ?

Ca ne me dérange pas. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons adorés par les critiques. En fait, je souhaiterai que plus de gens comprennent et s’intéressent à ce que nous faisons… Ce serait chouette d’être reconnus par un public plus large.

Tu rêves parfois d’une carrière à la Sonic Youth, c’est-à-dire être un groupe indépendant et atterrir sur un gros label ?

Mmm… Sonic Youth n’a pas changé d’attitude en passant sur un label major ; mais il n’a pas changé de public non plus. J’veux dire en nombre. Il est resté un groupe de rock ‘cool’. Au contraire de Nirvana ; qui a fort changé de style par rapport à ses débuts et ratisse un public bien plus large. Ce genre d’évolution me déplaît plutôt. Aujourd’hui, les ‘majors’ s’intéressent aux groupes indépendants, mais ce n’était pas le cas quand nous avons commencé en 1981. D’une certaine façon, nous sommes arrivés trop tôt…

The Gun Club est-il vraiment un groupe ou bien est-ce The Gun club Featuring Jeffrey Lee Pierce ?

Non, je crois que c’est un vrai groupe ; mais je suis le seul à écrire des chansons pour le ‘band’. Et puis, je suis l’unique survivant du line up original, bien que le batteur soit revenu entretemps. Donc, par la force des choses, je suis le leader, mais… d’un groupe.

Te considères-tu aussi comme un écrivain, à l’instar de Lou Reed, qui prétend l’être dans ses dernières interviews ?

Oui ! Comme un écrivain musical, un orchestrateur. Je suis d’accord avec Lou lorsqu’il dit ‘writer’, mais personnellement ce sont les notes qui m’intéressent, pas les mots. Je ne les utilise que lorsque leur sonorité me plaît ; je peux, par exemple, baser des ‘lyrics’ d’une chanson sur une seule phrase parce qu’elle me botte du point de vue mélodique. Je ne suis pas du genre Bruce Springsteen, qui raconte des petites histoires sur la vie quotidienne des gens. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle j’ai moins de succès que lui (rires). J’aime les surréalistes. Marx Ernst, par exemple. Et son inspiration se base sur leur conception du monde, où les rêves et le subconscient occupent une place prépondérante… Mes rêves sont d’ailleurs la source première de mes chansons.

Un de tes albums, « Mother Juno » a été produit par Robin Guthrie des Cocteau Twins. N’est-ce pas étonnant ce choix, quand on sait que vous n’évoluez pas dans le même univers musical ?

Non, cela me semble normal. J’aime ce qu’ils font ; même si nous ne travaillons pas dans la même dimension musicale, on est assez proche dans l’esprit. Cocteau Twins est un groupe qui se fout éperdument des modes. Pour eux, ce qui compte, c’est de créer des impressions, des images musicales. C’est très surréaliste (rires).

Ces références au surréalisme c’est ta façon d’affirmer que tu te sens plus européen qu’américain ?

Oui, c’est vrai que dans un sens je me sens plus proche de l’Europe au niveau des émotions et de la façon de voir le monde ; mais mes racines sont américaines, du Canada au Mexique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je crois qu’on est toujours influencé par ses premières expériences. En ce qui me concerne, elles datent du début des années 70. A l’époque j’étais fou de Led Zeppelin et de Creedence Clearwater Revival. Ce qui explique aussi pourquoi la musique de Gun Club est également marquée par le blues. Mais ça ne m’empêche pas d’être à l’écoute de tout ce qui se passe maintenant, même si à mon avis, c’est moins bon.

Te plairait-il de jouer dans un autre groupe ?

Oui, bien sûr… Ca me permettrait de me concentrer uniquement sur l’écriture de partition guitare… Mais personne ne me le demande. Ils s’imaginent sans doute que je voudrais absolument m’accaparer le rôle de leader.

Article paru dans le n° 3 du magazine Mofo de mai 1992

 





 
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