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Jeunes, beaux, et bientôt célèbres.

Écrit par Akim Serar - lundi, 13 septembre 2010
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The Hundred in the Hands
14-09-2010

Jason Friedman, c’est la demi-tête pensante des Hundred In The Hands. Par un bel après-midi, cet homme affable sirote un Cola et bouquine entre deux interviews. Au fil d'une conversation charmante et non dénuée d'humour, j'apprends que cet ancien étudiant des Beaux Arts et membre fondateur de The Boggs a aussi été guide touristique à Berlin. Entre culture cinématographique et escapade historique, notre conversation navigue au gré des mots. Rencontre avec ce qui pourrait bien être l'attraction de demain.

Jason, première visite sur nos terres, après l'annulation de votre date en avril dernier au Domino Festival?

Exact. Nous avions été contraints d'annuler à cause des émanations du volcan islandais. Ce n'est que partie remise. Nous espérons être bientôt de retour.

The Hundred In The Hands revendique un son qui lui est propre. Ni chaude, ni glaciale, ni sombre, ni aveuglante, votre musique est une synthèse de ces descriptions. Un mix d'émotions et un brassage d'influences diverses. Comment avez vous élaboré ce son spécifique?

Chacun de nous deux possède un vécu historique et musical différent. Nos influences sont également différentes. Et ce que nous créons ensemble, est donc le fruit de ces influences. Dans la mesure où nous ne sommes que deux, il est impossible pour nous de composer comme n'importe quel autre groupe, du genre: on se voit au local, on répète et on crée des morceaux dans cette veine. Non, nous travaillons chacun de notre côté des ébauches de chansons que nous refilons à l'autre, qui à son tour les retravaille. Et nous finissons d'écrire les chansons pendant le processus d'enregistrement. Ce qui engendre une interaction entre Eleanore et moi-même et apporte une certaine homogénéité à l'ensemble. Procéder de la sorte nous procure d’ailleurs beaucoup de plaisir. C'est assez amusant. Et nous permet d'emprunter différentes voies et évite l'évidence de nos influences qui sont alors noyées dans le processus.

Vous accordez-vous avant de commencer sur l'ambiance d'un morceau et la façon dont vous aimeriez qu'il sonne?

Non, en fait, de par cette liberté que nous nous accordons pour la composition de nos chansons, celles-ci peuvent à tout moment prendre une direction ou une autre. Les versions démos sont tout à fait différentes du résultat final, et parfois assez méconnaissables. Par exemple, la première mouture de « Young aren't young », la chanson qui ouvre notre album, était une sorte de version afro-beat des Young Marble Giants : une ligne de guitare posée sur des percussions africaines et un martèlement de batterie. Au final, même si nous avons gardé la mélodie et pas mal de choses, le résultat est sensiblement différent. Ce qui illustre la liberté de direction de nos chansons ; et c'est ce côté imprévisible qui nous excite.

Vous prenez donc votre pied dans l'expérimentation?

Effectivement. Je me souviens, quand nous avons commencé à élaborer le projet, que notre ambition était de travailler en compagnie de différents producteurs aux visions personnelles des choses, d'essayer de tirer un maximum parti de leur savoir et nous en servir en retour.

Ce qui vous éloigne drastiquement du processus de création opéré au sein de The Boggs, votre premier groupe?

Absolument. A l'époque, j'étais le maître à penser, je composais seul les chansons et les autres membres me suivaient à la trace. Même si mes acolytes, en compagnie desquels je partageais cette aventure depuis plusieurs années, épousaient une même conception de la musique, c’est souvent ma vision des choses qui prévalait. En quelque sorte, nous étions esclaves de mes limites. Certaines chansons auraient pu être mieux, plus abouties. Tandis que maintenant, il s'agit d'un projet à deux cerveaux complémentaires ; et c'est ce que j'aime. J'apprends de mes erreurs. Et je me suis amélioré en tant que chanteur ; ce qui me permet d'appréhender les choses de manière différente. Ensuite, il y a l'apport des collaborateurs. Je pense au producteur Chris Zane qui bosse sur nos compos depuis notre premier single « Dressed in Dresden » et dont le travail est fantastique. Toutes ces contributions nous ont permis de forger notre propre identité.

Etre signé sur Warp change-t-il les règles ?

Certainement. Par le passé, nous avons eu notre part de frustrations. On a galéré, ce ne fût pas toujours évident. Le label Warp était LE label en compagnie duquel nous rêvions de travailler. Et que les choses se soient passées exactement comme nous n'osions pas l'imaginer, mais que nous espérions de tout cœur, est totalement surréaliste. Ce sont eux qui sont venus à nous, et quand ils nous ont proposé de signer, nous n'avons pas hésité l'ombre d'une seconde. L'image qu'on s'en fait n'est pas usurpée. Il s'agit réellement d'un label de qualité, artistiquement très engagé, dont la vision est ouverte et intelligente. Je suis certain qu'après le mini-succès de « Dressed in Dresden », n'importe quel label aurait été tenté de nous demander de répéter la même recette, encore et encore. Mais pas les gens de Warp. Ils nous laissent carte blanche de A à Z, et cette liberté est vraiment précieuse. Nous ne sommes pas obligés de pondre des chansons en batterie, pas obligés de tourner. Non, ils nous disent ‘prenez votre temps, créez à votre rythme, on s'occupe de tout le reste’. C'est une chance inestimable.

Comment s’est déroulé l'enregistrement de l'album?

Le plus simplement du monde. De juin à septembre 2009, Eleanore et moi nous sommes concentrés sur l'écriture, à l'écart, dans notre coin. A partir de là, nous avons prévu quelles chansons figureraient sur l’Ep, et celles que nous envisagions de mettre sur l'album. Et puis nous nous sommes mis au travail sous la houlette des producteurs que nous souhaitions et finalisé le tout.

Tout en gardant votre mot à dire sur le résultat?

Tout à fait. C'était une réelle coopération entre les différents producteurs et nous-mêmes. Chacun apportant sa touche personnelle, ses idées. De plus, nous avons gardé pas mal du matériel enregistré 'à la maison'. Pour les guitares par exemple, nous n'avons pas eu à les réenregistrer. Mais nous avons profité du matériel haut de gamme du studio pour refaire les voix et certaines programmations.

N'est-ce pas un procédé délicat en prévision de la performance scénique?

Oui et non. En sauvegardant la plupart des prises démo, nous conservions cette perspective à l'esprit ; mais le fait de les jouer en concert me donne à réaliser comment je souhaite que telle guitare sonne ou telle ligne de basse soit. Nous utilisons beaucoup de bandes et nous essayons de trouver l'équilibre afin de restituer chaque chanson dans un contexte ‘live’. Ce qui nous oblige à envisager nos morceaux sous un autre angle, en prenant par exemple en considération le volume du son. Plus puissant sur scène. Et modifie quelque peu l'approche du morceau ; mais ceci rend aussi excitante cette méthode de travail.

Envisagez-vous intégrer d'autres musiciens en concert?

Peut-être bien un percussionniste pour la prochaine tournée. Mais pour les jeux de guitares et autres séquences sur bandes, nous avons trouvé nos marques en duo, alors pour l'instant nous ne pensons pas engager d'autres musiciens.

Ne craignez-vous pas d'être tôt ou tard limité au niveau du son?

Dès le début, nous avons conçu notre musique en duo avec en point de mire la tradition du Sound System, que ce soit en Jamaïque ou dans les débuts du Hip-Hop et cette faculté de transposer un enregistrement à différents volumes, dans différents contextes. C'est donc pourquoi nous possédons notre propre Sound System sur scène. Et il est intéressant de découvrir comment une chanson peut sonner différemment selon l'environnement. Que ce soit en studio, à la maison ou en ‘live’. Je pense qu'en ce qui concerne nos prestations scéniques, notre son est suffisamment puissant, suffisamment étoffé, sans nécessiter d'autres personnes. Donc, d'un côté, ce choix exige beaucoup d'abnégation, pour restituer les chansons dans toute leur ampleur quadriphonique, mais nous apporte une certaine liberté, puisque d'un show à un autre, nous pouvons apporter certaines modifications. En constante évolution. Et la formule du duo me convient parfaitement. A la fin, au sein de mon groupe précédent, je me lassais de devoir changer de musiciens tous les trois mois, leur apprendre les accords, les structures, et adapter mes propres chansons. Je me sens en fait plus libre. Eleanore et moi apprenons et progressons ensemble. C'est un processus qui nous sied parfaitement.

Pour en revenir à l'écriture même de vos chansons, qu'est-ce qui vous inspire?

Et bien, l'Art en général. J'ai accompli des études dans le domaine de la peinture, avant d'être totalement absorbé par mon groupe, The Boggs. Mais de toute façon, je n'y trouvais pas mon épanouissement. Je veux dire, je ne savais pas comment vivre en tant qu'artiste. Je réalisais mes trucs, mais j'ignorais comment diffuser mes œuvres, comment attirer l'attention sur elles. Je ne traînais pas dans les galeries toutes la journée ; par contre, j'adorais passer mes nuits dans les clubs et écumer les salles de concert. C’est ainsi que la musique a pris le pas sur mes prétentions graphiques. Et puis, je n'étais pas assez doué. Je me suis essayé un peu à la vidéo aussi. Finalement, The Boggs était la synthèse de mes aspirations, une sorte d'intellectualisation de mes envies artistiques au travers de la musique. Mais ce qui m'influence profondément dans la conception d'un morceau reste le cinéma et l'art vidéo. Notamment au niveau de la structure temporelle d'une chanson. Un titre comme « Last City » est directement inspiré par les œuvres de cinéastes tels Chris Marker, par exemple. Les textes étant eux plus influencés par la littérature ; même si je n'use pas de ces codes, j'aime l'idée de raconter une histoire. Bien sûr, je n'ai pas la prétention d'être un Alistair Grey ou un Samuel Becket! Il n'en demeure pas moins qu'ils font partie de mes références majeures. Et l'Histoire est un autre moteur d'inspiration. D'où le nom du groupe (NDR : faisant référence à une célèbre bataille américaine, menée par Crazy Horse, fier indien qui allait mener, une fois n'est pas coutume, les indigènes à la victoire sur l'armée US) ou d'un titre comme « Dressed in Dresden » qui parle des premiers essais bombardiers.

En parlant de vidéo, participez-vous activement à la création de vos clips?

Pour « Pigeon », j'avais imaginé un personnage central, dont je parle dans la chanson, cette jeune fille qui vit dans une grande ville et rencontre des problèmes à l'école ; même si au demeurant elle est assez intelligente, elle fréquente des idiots. Elle ne sait pas où elle va, ce qu'elle veut faire, et comme beaucoup, elle sort, boit, couche pour le fun et essaie de s'oublier. Et elle en a conscience. Les pigeons, dans la chanson, constituent son point d'ancrage avec la réalité. Tous les jours, elle se rend au square et regarde ces oiseaux qui inlassablement tournent en rond, stupides et sales. Et elle se dit qu'elle vaut mieux qu'eux. J’en ai donc parlé à la production, et ensemble, nous avons élaboré les traits de ce personnage. Au final, elle est moins misérable que dans mon esprit. Elle possède plus de recul Peut-être est-elle plus arrogante? Quoiqu'il en soit, le résultat est tout simplement incroyable. Et les effets spéciaux vraiment épatants. Le tout dessert bien le propos de la chanson.

Revenons un instant sur votre étiquette? Quelle est la part de gothique qui sommeille en vous?

Le formule ‘summertime Goth’, je dois bien confesser qu'elle vient de moi. En fait, un ami, à l'époque, organisait chaque semaine des soirées qu’il avait baptisée ainsi. Et immédiatement, j'ai pensé qu’elle collerait bien à notre type de musique. Loin des clichés du genre. Je veux dire, je n'ai jamais aimé la façon dont les Cure s'accoutraient, je ne vois pas de rapport entre leurs vêtements et leur musique. A New York, chaque semaine, se déroule au moins une soirée branchée, et les soirées gothiques sont nombreuses. Mais vous n'y croiserez pas de personnages dont les accoutrements sont propres à cet imagier de grenier. De ce fait, nous estimions amusant de dépeindre notre musique comme influencée par l'aspect gothique, mais sans le côté ridicule du concept. Une version plus ensoleillée en quelque sorte. Pour le prochain album, je pense déjà renouveler notre étiquette.

Etes-vous la partie sombre du projet, et Eleanore la touche ensoleillée?

Non, en fait, c’est seulement un juste équilibre entre elle et moi. Parfois, nos chansons prennent une direction trop noire ou trop guillerette, et nous tentons de trouver le juste milieu. Nous peinons quelquefois à égayer nos compositions, mais nous nous efforçons toujours d'appliquer ces deux aspects en une belle harmonie. Si nos chansons ne sonnent pas profondément dépressives, c’est parce que notre palette musicale, au niveau de nos goûts, est large. Il y a un soupçon de R&B dans notre façon de procéder ; et OK, j'admets que ce n'est pas directement audible, mais il nous permet justement d'avoir une approche radicalement différente par rapport à notre côté gothique. Le juste équilibre, c'est notre quête.

Pour conclure, vous semblez promis à un bel avenir. Craignez-vous les lendemains difficiles?

Je suis assez paranoïaque ; alors oui, définitivement, j'ai peur de ce que l'avenir me réserve. Je me focalise donc sur les améliorations à apporter. Par exemple, je souhaite qu'on évolue sur scène, qu'on devienne meilleur. Nous allons beaucoup tourner dans un proche avenir, pour justement aller dans ce sens. Ce qui ne nous empêchera pas de concevoir de nouveaux titres. Mais pour l'instant, nous devons nous concentrer sur cet album. Ce n'est pas évident par exemple de jouer des titres comme « The Beach » devant un public n'ayant jamais entendu la plupart de nos morceaux. J'espère et j'imagine que les choses seront différentes quand l'album sera sorti. Il ne faut pas trop que je pense à demain.

Ne dit-on point que l'avenir sourit aux audacieux?

(Voir également la chronique de l'album dans la rubrique ad-hoc)

 





 
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