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C'est la came qui a foutu le bordel...

Écrit par Grégory Escouflaire et Nicolas Alsteen - jeudi, 30 décembre 2004
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The Libertines
31-12-2004

Ils sont magnifiques. Ils sont les coqueluches d'une presse rock à scandales qui voient en eux les nouveaux Sex Pistols. Mais au-delà des frasques pathétiques de Pete Doherty, les Libertines viennent surtout de pondre un des disques les plus flamboyants de l'année. Oubliez toutes ces histoires de came et de prison : les Libertines, c'est d'abord un groupe de rock comme on n'en fait plus, qui brille avant tout par son panache et son sens mélodique hors pair. En exclusivité pour Musiczine, le bassiste John Hassall se confesse. Et nous dévoile tout ce qu'on voulait savoir sur les Libertines… ou presque.

Après tous les problèmes que Pete et Carl ont rencontrés, pensais-tu qu'il y aurait un deuxième album des Libertines ?

C'est clair que nous avons eu de grosses difficultés pour surmonter tous les problèmes rencontrés lors de l'enregistrement de ce deuxième album… Mais après la sortie de prison de Pete, après toutes les merdes qu'on s'est tapées, la meilleure chose à faire était de retourner en studio pour donner une suite à " Up The Bracket "… C'était la meilleure solution, et pas attendre que Pete soit sevré, parce que sinon on serait toujours nulle part. (Il arrête de parler et réfléchit) Hier soir j'ai vu le clip de " Can't Stand Me Now " à la télé, c'est un live, et putain il est incroyable… On s'est vraiment bien marrés ce soir-là, c'était si cool… C'est pourquoi il fallait qu'on enregistre ce deuxième album, et même si à chaque fois qu'on terminait une chanson on avait l'impression que ce serait la dernière, eh bien… (Il s'arrête) Nous avons vécu une période difficile, pleine de doutes et de remises en question… Jusqu'à se demander si on arriverait au bout de ce disque. Mais grâce à des gens comme Alan McGee et Mick Jones, on y est parvenus. Sans eux, on n'aurait jamais eu la force ni le courage de continuer.

Ca va mieux en ce moment, maintenant que Pete a bel et bien claqué la porte ?

Non, pas du tout. Jouer au sein des Libertines s'avère toujours un plaisir, mais de là à dire qu'on est heureux de jouer sans lui… On ne peut pas faire des concerts comme celui de ce soir (l'interview a eu lieu au Botanique, l'après-midi de leur concert) et faire semblant d'être contents. Sans Pete on ne peut pas rendre justice aux chansons des Libertines.

Est-il toujours considéré comme membre du groupe ou bien n'est-ce déjà que de l'histoire ancienne ?

On a expliqué à Pete qu'on ne voulait plus jouer avec lui tant qu'il n'avait pas résolu son problème de drogue. (Un ange passe) Il est le bienvenu, évidemment… S'il se ramène maintenant en nous promettant d'avoir arrêté la drogue, on l'accueillerait à bras ouverts. On adorerait jouer à nouveau avec lui. C'est ce qu'on souhaite le plus au monde.

Est-ce si difficile pour lui de comprendre ?

Arrêter la came n'a rien de facile. Moi j'ai arrêté d'en rire, parce que je sais ce qu'il endure… Il n'y a rien de plus terrible qu'être obnubilé par la drogue. Mais il est possible de décrocher. Je l'ai fait : Pete peut le faire.

Estimez-vous dérangeant que la presse se focalise sur cette histoire, alors que finalement tout ce qui compte c'est la musique ?

Ouais… Comme maintenant, en fait ! (Il se détend) Il est clair que ce tapage masque tout le propos et l'essence des Libertines, qui est la musique, pas les drogues et les scandales. La musique devrait être la seule raison valable à évoquer lorsqu'un groupe écrit et sort un disque, non ? Il ne devrait pas y avoir d'autres raisons que la musique.

Qui est le type qui remplace Pete à la guitare ?

Anthony, un musicien que Carl a rencontré à New York. C'est un très bon guitariste, et un mec formidable… C'est le seul qui pouvait remplacer Pete. Dans notre malheur on a donc de la chance, parce qu'il assure vraiment sur scène.

Mais qui chante à la place de Pete ?

Carl se charge de toutes les voix, sauf des chœurs, que je chante moi-même. Gary et toi n'avez jamais été sous les feux de la rampe chez les Libertines : il y en a toujours eu que pour Pete et Carl… Comme si vous étiez les musiciens de l'ombre.

Alors les Libertines, aujourd'hui, c'est Carl tout seul et vous en " backing band " ?

Gary et moi nous considérons comme des membres à part entière des Libertines. On mérite d'être considérés comme tels, parce que les Libertines sont un groupe de quatre personnes. Sans nous deux, ce ne serait pas les Libertines ! Je pense que tu peux t'en rendre compte en écoutant la musique, et pas en t'arrêtant au parfum de scandale qui entoure Carl et Pete. Je pense que c'est clair !

Mais vous ne participez pas au processus de composition…

Pete et Carl sont les seuls songwriters : Gary et moi n'écrivons rien pour les Libertines… (A la fin de cette interview John nous confiera avoir fondé son propre groupe, Yeti. Infos : www.yetintelligence.com)

Il paraît que l'enregistrement de cet album s'est déroulé dans des conditions un peu… bordéliques. Est-il exact que des vigiles vous tenaient à l'œil en cas de baston générale ?

Ouais… Même si en réalité ce n'était pas si chaotique. Ces types de la sécurité nous suivent partout, même en tournée… Ils ne sont pas là aujourd'hui : sans doute qu'en Belgique on ne court pas trop de risques ! En fait ce sont des amis : faut pas tout prendre au premier degré ! Mais il est vrai qu'en studio l'ambiance était plutôt… bizarre.

Parce qu'on ne ressent pas vraiment cette tension à l'écoute de l'album.

Elle existe, c'est clair, mais elle est souvent exagérée par les médias… Dès qu'on joue ensemble, en studio ou sur scène, tout se passe plutôt bien ! On n'est pas sans cesse en train de se taper sur la gueule, même s'il y a des bagarres, comme dans tout groupe de rock. On dit tellement de conneries sur nous ! Les médias donnent de nous une image de groupe violent, et il est très difficile de s'en débarrasser. Si seulement le public pouvait ignorer ces rumeurs, on s'en porterait beaucoup mieux…

En même temps votre label, Rough Trade, profite de cette image " sex, drugs and rock'n'roll " pour promouvoir The Libertines…

C'est vrai… Rien que la photo sordide de la pochette… (Il s'interrompt). Il y a des problèmes au sein du groupe. De gros problèmes. Personne ne le nie. Quand Pete et Carl composent une chanson comme " Can't Stand Me Now ", elle parle d'elle même. Quand t'écris une chanson, tu parles de ce que tu connais, de ce que tu trouves important, authentique et honnête. C'est la raison pour laquelle ça vaut la peine d'écouter The Libertines. Quand Pete et Carl chantent " Can't Stand Me Now " ou " What Became Of The Likely Lads ", ça signifie quelque chose. Ce n'est pas de la pose.

Tu viens d'évoquer la pochette de l'album (NDR : un gros plan de Pete et Carl, l'air à moitié défoncés). Elle est différente de celle qu'ont reçue les journalistes, où l'on vous voit tous les quatre. Pourquoi n'avoir pas conservé celle-là ?

Je ne sais pas… Je suppose que celle de Pete et Carl est plus représentative de l'album… Mais je préfère l'autre, parce qu'on est tous dessus. Enfin bref (il souffle), je pense que… Je n'aime pas la nouvelle pochette.

Changeons de sujet. Il paraît que tu t'es converti au bouddhisme.

(Les yeux pétillants) Oui, c'est vrai.

Est-ce une manière pour toi de rester zen quand tout autour de toi baigne un peu dans le chaos ?

Ce n'est pas seulement la raison, même si c'est clair que ça aide… C'est avant tout personnel. Si je pratique le bouddhisme, c'est parce que c'est le bordel dans ma vie en général ! (Il se détend) Je suppose qu'il y a plein de raisons. Mais plus tu pratiques, plus tu te rends compte que tu le fais non pas par rapport à ton boulot ou à une situation précise, mais par rapport à ta vie entière… Et c'est alors que tu découvres que ta vie est sans dessus dessous. Mais grâce au bouddhisme, tu parviens à la changer, à améliorer tes relations avec les autres. C'est vraiment formidable.

Pourquoi ne tentes-tu pas de convertir Carl et Pete ? Ca leur ferait du bien !

Ouais, c'est ce que j'essaie de faire ! Il y a pas mal de groupes en Angleterre qui se sont mis au bouddhisme, comme les Eighties Matchbox B-Line Disaster… (Surprise dans l'assistance). Même s'ils ne sonnent pas très bouddhistes ! Quand je médite dans le bus, les autres se foutent toujours de ma gueule, mais maintenant je m'en fous ! (rires)

Pour beaucoup de gens les Libertines symbolisent le groupe de rock ultime : de grandes chansons, des drogues, de l'alcool et, on s'en doute, du sexe… Te plairait-il de jouer dans un groupe moins déjanté, sans tout ce décorum ?

Hmmm, ouais ! Parce que ce qui nous a rendu célèbres - les drogues, les conflits d'ego - ce n'est pas l'essentiel : ces conneries ne nous sont d'aucune aide. Tu peux toujours dire qu'elles nous font de la pub, mais toujours est-il que Pete, aujourd'hui, n'est pas parmi nous… Et ça devrait être le cas. Nous devrions connaître les plus belles années de nos vies, et tout est en train de partir en couilles à cause des drogues et de tout le reste… Nous avons toujours voulu avoir du succès, et au moment où il arrive… tout foire. Il est clair que j'aimerais changer pas mal de trucs dans les Libertines, mais ça ne dépend pas de moi.

Que penses-tu de la présence de Pete dans d'autres groupes (NDR : Babyshambles, Wolfman) ?

Je suis content qu'il fasse toujours de la musique, et je suis sûr que c'est bien, mais… (Il se tait) Je suppose qu'il est en colère de ne plus faire partie des Libertines… Mais comme je suis persuadé qu'il est un musicien talentueux, je ne m'inquiète pas trop pour son avenir. Pourtant, ce serait mieux pour lui s'il arrêtait de se droguer.

C'est quoi, finalement, le positif dans toutes ces histoires ? Qu'est-ce qui te donne envie de continuer à jouer au sein des Libertines ?

La chose la plus incroyable à propos des Libertines, c'est que ce n'est pas du business. It's real. Ca n'a rien à voir avec le fait de gagner plein de pognon, de baiser à droite à gauche ou de sniffer de la coke. C'est une aventure humaine, avant tout. Et les chansons qu'écrivent Pete et Carl sont magnifiques.

Comment entrevois-tu le futur des Libertines, maintenant que Pete est parti ?

Je ne sais vraiment pas… Personne ne croyait qu'on ferait un deuxième album, et le voilà… Qui sait ? Tout est possible.





 
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